Actualités Bâtiment durable

image chantier

Nous le savons, l’acte de démolir et de reconstruire est un acte émetteur de gaz à effet de serre (GES). Émetteur car cela demande d’utiliser de l’énergie pour les engins, les grues et les bases vies, le chantier engendre des quantités de déchets qu’il faut traiter ensuite, ou encore des déplacements divers et variés (de compagnons, visiteurs ou déplacements de matériels). Mais alors, ces émissions, si elles sont plus ou moins intégrées aux normes en vigueur, telle que la RE2020 qui régule les impacts GES des nouvelles constructions, toutes ne sont pas strictement évaluées pour disposer d’une vision globale des impacts.

Retour sur la RE2020 et ce qu’elle comptabilise

La réglementation environnementale dite RE2020, en vigueur depuis 2022, impose aux nouvelles constructions d’évaluer les impacts GES du bâtiment sur l’environnement, et notamment pendant la phase chantier, avec une distinction de données évaluées :

  • L’indicateur Ic Composant : évalue les émissions de GES des matériaux mis en œuvre, sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment (durée de vie 50 ans). 
  • L’indicateur Ic Chantier : évalue les émissions de GES du chantier.

Si nous regardons plus précisément ce qui est considéré dans l’indicateur Ic chantier, calculé sur la durée totale du chantier annoncé, nous avons :

  • Les consommations énergétiques des grues calculées via une période estimative de fonctionnement de celles-ci (nombre de mois en période estivale, nombre de mois en période hivernale).
  • Les consommations énergétiques des bases-vies.
  • L’excavation des terres (en volume) et leur transport jusqu’à leur exutoire (en distance)
     Les consommations d’eau du chantier.

Ces émissions sont certes représentatives d’une certaine manière des actions menées pendant un chantier, mais elles sont loin d’être exhaustives si nous voulons réellement comptabiliser l’ensemble des émissions générées par les chantiers. À noter que l’acte de démolition est complètement hors périmètre de calcul dans la RE2020, les déchets générés par la démolition sont donc invisibilisés.

Périmètre complet d’un chantier au regard de ses émissions

Pour disposer d’une vision complète des émissions, le périmètre devrait notamment intégrer :

  • Les déplacements des compagnons travaillant sur le chantier
  • Les déplacements des visiteurs
  • Le fret du matériel et équipement.
  • La gestion des déchets générés par type

À noter que le transport des matériaux est déjà considéré dans le périmètre de l’indicateur Ic_Composant de la RE2020, calculé via une analyse de cycle de vie et basé sur les fiches de déclaration environnementales et sanitaires (FDES) considérées pour chaque produit de construction et équipement. Ainsi, si une étude ACV existe pour le bâtiment analysé, il est nécessaire de vérifier le périmètre d’étude global de manière à ne pas réaliser de double comptabilisation des émissions. Il en va de même pour tous mes processus liés à la fabrication des matériaux, déjà considérés dans l’indicateur Ic_Composant.

Retour d’expérience, réalisation d’un BEGES chantier global

Nous avons, sur un projet de démolition et reconstruction d’un bâtiment de santé, réalisé un premier bilan des émissions de gaz à effet de serre du chantier (chantier encore en cours, les résultats ne sont pas définitifs). La maîtrise d’ouvrage a notamment souhaité, via cette étude, pouvoir comparer à la fois les quantités de déchets et les quantités de GES émises par le traitement des déchets, pour les phases de démolition et de construction.

 Graphique carbone 1

La gestion des déchets

 La gestion des déchets constitue le poste le plus important dans le bilan GES, non seulement en raison des transports associés à leur collecte et à leur traitement, mais aussi à cause des procédés de valorisation ou d’élimination mobilisés en fin de vie. Les émissions liées aux déchets intègrent généralement l’ensemble de la chaîne de traitement, depuis la collecte sur chantier jusqu’aux opérations finales de recyclage, d’incinération, de stockage ou de valorisation énergétique. Les déchets inertes du BTP, comme le béton, les terres excavées ou les gravats, présentent en général des émissions relativement faibles par tonne traitée lorsqu’ils sont valorisés en remblais ou recyclés en granulats. À l’inverse, les déchets non valorisés envoyés en installation de stockage génèrent des impacts plus élevés liés au transport, au fonctionnement des installations et à l’occupation des sols. Les déchets combustibles tels que les plastiques, le bois ou les emballages peuvent être orientés vers l’incinération avec valorisation énergétique, filière permettant de produire de la chaleur ou de l’électricité en substitution d’énergies conventionnelles, ce qui réduit partiellement l’impact carbone global.

Les performances environnementales de cette filière dépendent toutefois de la qualité du tri à la source sur chantier, de la limitation des mélanges de matériaux et de la capacité des centres de traitement à séparer efficacement les différentes fractions métalliques. L’amélioration des technologies de tri et le développement des filières françaises de recyclage constituent aujourd’hui des leviers majeurs pour réduire les émissions de GES associées aux déchets du secteur du BTP.
Le graphique ci-dessous présente la répartition des émissions de GES par type de déchets mais également par phase (démolition ou reconstruction).
A ce stade, les émissions des déchets de la démolition sont majoritaires, au regard des quantités importantes de ferraille et de déchets inertes à évacuer. Une comparaison finale des émissions de ces deux phases une fois le chantier finalisé permettra de comparer plus finement ces données et de statuer sur les bénéfices ou non de démolir et de reconstruire par rapport à la rénovation du bâtiment.

A noter qu’à l’échelle française, il est estimé que près de 50% des déchets du bâtiment proviennent des démolitions ; contre seulement 13% pour la construction neuve.

 Graphique carbone 2

Le fret du matériel

Le fret de matériel et d’équipements constitue un poste souvent sous-estimé dans les BEGES des chantiers, alors qu’il peut représenter une part significative des émissions indirectes liées à la phase travaux. Ces émissions proviennent principalement du transport des équipements techniques, des engins de chantier, des éléments préfabriqués ainsi que des rotations logistiques nécessaires à l’approvisionnement du site. Leur importance dépend fortement des distances parcourues, des modes de transport utilisés, des masses transportées et du niveau d’optimisation logistique mis en œuvre.

Le transport routier demeure largement dominant sur les chantiers du BTP et constitue la principale source d’émissions du fret chantier, notamment via l’utilisation de camions alimentés au gazole.

Les modes de transport alternatifs influencent également fortement le bilan GES du chantier. Le fret ferroviaire et le transport fluvial présentent des facteurs d’émissions nettement inférieurs au transport routier pour les flux massifiés. Leur utilisation reste toutefois limitée par les contraintes d’accessibilité des chantiers urbains, les ruptures de charge et les besoins de flexibilité opérationnelle. Dans les grands projets d’infrastructures ou les opérations urbaines d’envergure, certaines maîtrises d’ouvrage intègrent désormais des objectifs de réduction des émissions logistiques en favorisant le rail, les barges fluviales ou les plateformes de consolidation des approvisionnements selon l’ADEME.

Le fret des engins et matériels de chantier contribue également aux émissions indirectes, notamment lorsque les équipements sont mutualisés entre plusieurs opérations et nécessitent des transferts fréquents. Les grues, bases vie, nacelles, groupes électrogènes ou matériels spécialisés sont souvent acheminés par convois spécifiques. À cela s’ajoutent les livraisons fractionnées dues à une planification non optimisée des approvisionnements, qui augmentent les rotations de véhicules et dégradent le BEGES global du chantier. L’optimisation des calendriers logistiques, le regroupement des livraisons, le réemploi local des matériaux et la préfabrication peuvent ainsi constituer des leviers importants de réduction des émissions de GES associées au fret chantier.

Dans le cadre du chantier évalué, de nombreux transports de matériel sont effectués, à la fois depuis le département dans lequel se trouve le chantier, mais également depuis d’autres régions pour du matériel très spécifique. L’entreprise générale ayant d’autres chantiers, elle réalise des rotations de matériels.

L’énergie

Concernant les consommations énergétiques, leurs émissions de GES sont minoritaires dans le BEGES global. Si certains engins consomment du GNR, la majorité des consommations sont électriques et émettent donc relativement peu par rapport aux autres postes. Cela dit, elles peuvent toujours être réduites, en ayant notamment une politique vigilante sur la mise en route du chauffage ou encore de la climatisation dans les bases vie.

Les déplacements

Les déplacements suivants ont été comptabilisés :

  • Les déplacements domicile-travail des compagnons
  •  Les déplacements des visiteurs récurrents (maîtrise d’ouvrage, maîtrise d’œuvre principalement).

Pour ces calculs, des données par entreprise ont été travaillées pour représenter au mieux les déplacements effectués. Pour les déplacements des visiteurs, une moyenne mensuelle de déplacement et des modes de transport ont été extrapolés sur une année civile, de manière à avoir une visualisation globale des émissions sur une année de chantier.

L’ensemble de ces déplacements sont majoritairement réalisés via des véhicules personnels, quelques déplacements minoritaires sont réalisés en transport en commun.

Le poste déplacement est donc le 3ᵉ poste le plus émissif et n’est jamais considéré dans les études ACV des bâtiments, notamment en lien avec la RE2020.

Des études à poursuivre pour mieux impacter les chantiers

Nous l’avons expliqué, les émissions de GES calculées dans le cadre de la RE2020 sont finalement loin d’être représentatives des émissions totales générées par un chantier. Certains postes sont exclus du périmètre, quand d’autres postes peuvent être plus ou moins bien extrapolés (énergie notamment).

La généralisation de ce type d’étude permettrait d’avoir une meilleure connaissance des réels impacts de ces opérations, et de pouvoir déceler les leviers de décarbonation les plus pertinents à mettre en place.

La question des déchets et des phases de démolition-reconstruction reste centrale et doit être davantage documentée pour analyser de manière globale les incidences entre la rénovation et la démolition-reconstruction.

Image de la skyline de la Part Dieu

Aurélien

Aurélien Keller a rejoint Vizea pour prendre la direction de l'agence de Lyon avec une conviction forte : que c'est à l'échelle locale et concrète que se joue véritablement la transition écologique. Sur un territoire aussi vaste qu'hétérogène, entre Auvergne-Rhône-Alpes et PACA, il porte l'ambition de développer l'activité régionale de Vizea en s'attaquant à des défis de fond : sobriété foncière, adaptation au changement climatique, mobilité durable, réhabilitation du bâti existant. Dans cette interview, il revient sur les grandes mutations environnementales et urbaines qui traversent le territoire lyonnais, sur la manière dont l'agence accompagne au quotidien collectivités, promoteurs et maîtres d'ouvrage face à un cadre réglementaire en perpétuelle évolution.

Qu'est-ce qui t'a amené chez Vizea, et qu'est-ce qui t'a conduit à prendre la direction de l'agence de Lyon ?

Dès le collège, je répondais sans hésiter que je voulais travailler dans le bâtiment et l'énergie à la fameuse question : "Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ?". La traduction concrète était encore floue, mais le fond n'a pas tellement changé.

Après une première expérience en bureau d'études environnement, j'ai eu la chance de participer au développement du pôle ingénierie d'Openergy, qui a ensuite rejoint le groupe Egis et dont j'ai pris la direction en 2024.

Rejoindre Vizea s'est fait dans la continuité de cette aventure, avec deux nouveaux défis : développer l'activité régionale de Vizea sur une grande région sud-est et découvrir de nouveaux métiers que je ne pratiquais pas encore.

J'y ai (re)trouvé des projets d'aménagement de quartier, de mobilité durable ou de programmation d'opérations de construction ou de réhabilitation de bâtiments sur lesquels l'impact que nous avons sur la société et la ville de demain peut être très fort. C'est finalement ce point qui a fait la différence : contribuer, personnellement et au travers de l'agence, à un monde plus durable et soutenable au travers de projets locaux et concrets. Peut-être que le fait d'être devenu papa n’y est pas tout à fait étranger.

Quels sont selon toi les enjeux environnementaux et urbains les plus structurants aujourd'hui pour Lyon et la Région ?

Nous intervenons depuis Lyon sur un territoire très vaste et hétérogène, entre AURA et PACA.

Les problématiques sont aussi diverses que les territoires : des zones très attractives comme l'arc alpin ou la métropole d'Aix-Marseille, et de nombreux territoires ruraux ou périurbains qui dépendent fortement des dynamiques des grands pôles.

Certaines villes moyennes héritent de politiques d'aménagement encore souvent fondées sur l'extension urbaine. C'est aujourd'hui un modèle à bout de souffle, entre artificialisation des sols et dépendance à la voiture individuelle. La transition commence à s'opérer malgré le temps long de l'aménagement du territoire qui impose de la patience.

Du point de vue environnemental, je pense que nous traversons deux transitions majeures, aussi bien sur le plan sémantique que dans la prise de conscience des acteurs du territoire.

  • La première est l'entrée dans une période où l'adaptation au changement climatique devient incontournable, sans abandonner les efforts d'atténuation. C'est particulièrement vrai dans les territoires les plus exposés que sont l'arc alpin et le sud. Des questions concrètes se posent sur l'impact de l'aménagement sur l'effet d'îlot de chaleur urbain, sur la création de zones et de cheminements de fraîcheur. Ce sont des enjeux que nous abordons directement sur nos projets, et aussi dans le cadre de démarches d'évaluation comme celle que nous conduisons à Montpellier, où nous mesurons l'effet d'îlot de chaleur dans trois quartiers aménagés ces trente dernières années.
  • La deuxième transition est le glissement de la notion de confort vers celle de santé. Sur le confort d'été, bien sûr, la canicule de 2003 a causé près de 15 000 décès supplémentaires, et cela ne doit pas être oublié. Mais aussi sur la qualité de l'air, véritable enjeu de santé publique dans les grandes métropoles comme dans certaines vallées alpines.

Sur un plan plus large, les hausses répétées du prix de l'énergie ces dernières années représentent peut-être une opportunité. Elles pèsent lourd sur les populations les plus fragiles et les territoires les plus dépendants de la voiture, mais elles permettent d'aligner à nouveau transition écologique, enjeux sociaux et économies de ressources d'une manière que les seuls arguments environnementaux ne permettaient pas toujours. C'est un levier pour trouver des soutiens au-delà des convaincus, pour accélérer les alternatives à la voiture dans les zones rurales, et pour rendre moins coûteux le passage à des matériaux biosourcés ou géosourcés dans le bâtiment par exemple.

L'agence intervient notamment sur le bâtiment durable et la mobilité. Concrètement, à quoi ressemble votre travail au quotidien sur ces sujets dans le contexte lyonnais ?

Dans le bâtiment, nous accompagnons des projets très diversifiés, tant en termes de missions que de typologies ou de stades d'avancement. Nous sommes par exemple intervenus sur plusieurs missions de programmation environnementale pour l'université de Lyon ces dernières années afin de définir les ambitions portées sur des opérations de construction ou de réhabilitation de locaux universitaires. Nous travaillons également aux côtés de promoteurs immobiliers à Lyon, Dijon ou Annecy pour développer des opérations ambitieuses sur le plan environnemental, tout en restant pragmatiques face au contexte économique difficile dans lequel évoluent ces acteurs qui font la ville.

Sur la mobilité durable, nous accompagnons plusieurs collectivités dans l'élaboration et la mise en œuvre de leurs stratégies, avec l'objectif de réduire la dépendance à la voiture individuelle. Nous avons développé une vraie expertise de la mobilité en montagne, en accompagnant les communes de Valloire et Courchevel, mais aussi sur des territoires ruraux et périurbains comme la commune de Belleville-en-Beaujolais, pour qui nous avons conçu un plan de mobilité scolaire. L'écomobilité scolaire est d'ailleurs un levier encore sous-exploité : c'est une brique essentielle pour montrer aux nouvelles générations ce qu'il est déjà possible de faire aujourd'hui. Travailler sur ce sujet aux côtés d'équipes et d'élus motivés, comme à Belleville, est un réel plaisir.

Quels sont les défis que tu observes le plus souvent chez les acteurs que vous accompagnez ?

Le premier défi est souvent celui du financement. Dans une période d'instabilité des investissements publics, beaucoup s'interrogent sur leur capacité à financer la transition. Ce défi mérite d'être nuancé : investir dans la transition n'est pas une dépense de fonctionnement. Et surtout, ce n'est pas nécessairement un surcoût : de nombreuses solutions permettent de développer des projets ambitieux à budget constant, à condition de les anticiper suffisamment tôt. Rénover et travailler avec l'existant, faire du réemploi dans la réhabilitation d'un immeuble de bureaux comme nous le faisons sur un site administratif à Marseille sont des exemples concrets de cette logique.

Le deuxième défi est la difficulté à s'orienter dans un environnement réglementaire changeant, parfois contradictoire. Dans le bâtiment, les évolutions successives du décret tertiaire et de la RE2020 ces dernières années demandent une vraie agilité pour conseiller au mieux les maîtres d'ouvrage. Pour l'aménagement du territoire, la politique du ZAN, ou encore les évolutions du fond vert ont le même effet désorientant pour les acteurs qui ne se confrontent pas à ces enjeux quotidiennement. Notre rôle est précisément de leur permettre de garder le cap dans cette complexité.

Nous avons aussi beaucoup à faire sur les nouveaux métiers de Vizea, notamment la transition environnementale des organisations, qui représente un axe de développement prometteur.

Ce qui me rend confiant, c'est la profondeur des savoir-faire disponibles à l'agence comme dans l'ensemble du réseau Vizea. C'est en continuant à accompagner des opérations exigeantes et de long terme, comme la ZAC Gratte-Ciel Centre-Ville à Lyon que nous suivons depuis plus de dix ans, que l'agence démontrera son expertise et construira sa trajectoire.

Si tu pouvais transformer un lieu d'Auvergne-Rhône-Alpes demain matin, comme par magie, lequel choisirais-tu et pourquoi ?

Je choisirais la montagne. Pas un lieu précis, mais une vision d'ensemble. Nous accompagnons des communes de montagne comme Valloire, Courchevel ou Bonneville, et je mesure chaque jour l'ampleur des mutations en cours : des modèles touristiques à réinventer face au changement climatique, des mobilités à repenser, des projets urbains à concevoir autrement dans des vallées sous pression.

Ce que je rêverais de transformer, c'est le regard collectif que nous portons sur ces territoires. Une montagne que l’on réapprend à respecter à l’aune du changement climatique : épargnée du tourisme de masse mais plus accessible à tous, sobre mais plus riche d'usages. Pas une montagne uniquement sauvage, mais une montagne où l'aménagement redevient au service des habitants, des amoureux des grands paysages et de la nature.

 

 

Des ajustements de la RE2020 pour assouplir certaines règles à la suite du rapport Rivaton : ce qui risque de changer concrètement pour les professionnels du bâtiment à partir de 2026.

Quelques éléments de contexte et d’actualité sur la RE2020

La Réglementation Environnementale 2020 (RE2020) a marqué un tournant dans la construction en France en imposant des exigences en matière de performance énergétique et de réduction des émissions de gaz à effet de serre des bâtiments. Entrée en vigueur en 2022, elle a d’abord concerné les logements collectifs et maisons individuelles, les établissements scolaires et les bâtiments de bureaux. Le nouveau décret du 15 janvier 2026 enclenche une nouvelle étape avec la mise en application de cette réglementation pour de nouvelles typologies de bâtiment et notamment : les établissements de santé, les hôtels, commerces et restaurants ou encore les aérogares.
L’objectif de la RE2020 est clair : réduire l’empreinte carbone des constructions sur l’ensemble de leur cycle de vie, réduire leur facture énergétique et garantir un confort d’été pour les occupants, notamment en période estivale.
Les échéances de 2025, 2028 et 2031 prévoient un durcissement progressif des seuils, obligeant les acteurs du secteur (promoteurs, bailleurs, collectivités, entreprises, architectes, etc) à anticiper des solutions toujours plus performantes et sobres. Cependant, le projet de décret Rivaton, réalisé à la suite du rapport Rivaton de 2025 proposant 23 ajustements, dont l’application est prévue pour le 1er juillet 2026, introduit des ajustements majeurs qui vont modifier en profondeur la manière dont les projets sont conçus et réalisés.

Quels ajustements prévoit ce décret ?

Sans tous les énumérer dans cet article, regardons de plus près certains ajustements qui ont notamment des impacts sur le volet Ic construction et donc les émissions de GES émises par la mise en œuvre des produits de construction.

  • Modulation en fonction de la hauteur sous plafond

La prise en compte de la hauteur sous plafond moyenne (HSPmoy) est annoncée de manière à prendre en compte les contraintes architecturales, techniques et d’usage de certaines typologies de bâtiment. Concrètement, une hauteur sous plafond supérieure à 2,5 mètres entraînera une modulation des exigences via des coefficients spécifiques (MbHSP, McHSP, MiHSP), qui pourront réduire ou augmenter les seuils admissibles pour le Bbio_max, le Cep_max, l’Ic énergie_max ou l’Icconstruction_max.

Une analyse plus fine de ces modulations devra être réalisée de manière à apprécier si cette mesure autorise un droit à émettre davantage pour des seules contraintes d’usage ou si elle autorise une dégradation de l’effort de sobriété de matière. 

  • Modulation en fonction des surfaces d’agrément

Les surfaces d’agrément extérieur (balcons, loggias, terrasses en épannelage) sont désormais prises en compte dans le calcul de la performance environnementale via le coefficient Miagrément_ext. Si cette modulation peut de premier abord aller dans le sens d’une meilleure prise en compte des surfaces de confort d’usage, cette modulation peut également remettre en cause le besoin de concevoir intelligemment des bâtiments offrant ces espaces mais mettant en œuvre des matériaux bas carbone et biosourcés.

De la même manière que pour la modulation de la hauteur sous-plafond, il faudra analyser plus précisément si cette modulation « autorise » les concepteurs et constructeurs à continuer à construire dans pousser le curseur sur les bons matériaux bas carbone.

  • Cas d’étude des IGH (immeuble de grande hauteur)

Le projet de décret Rivaton introduit une mesure particulièrement structurante pour les immeubles de grande hauteur (IGH) : la mise à zéro du coefficient Misurf_tot dans le calcul de l’indicateur Icconstruction_max.

Quelles sont concrètement les conséquences de cette règle ? Nous avons réalisé un rapide cas d’étude de manière à y voir plus clair.

Actuellement, les IGH ont une valeur de modulation Misurf_tot de -0.181 dans la formule globale de calcul du seuil IC construction max. Cette valeur négative à donc pour effet de réduire le seuil Ic construction max. En 2026, un IGH de bureaux doit donc en moyenne respecter un seuil de 663 kgeqCO2/m²SU, auquel sont ajoutés les autres facteurs de modulation (en fonction des fondations, des VRD, des panneaux photovoltaïques).

En se projetant avec le décret Rivaton et la mise à -0,05 de cette valeur Misurf_tot, il n’y aurait plus de valeur négative et donc un effet immédiat sur le seuil c construction max. Si l’on garde notre exemple, un IGH de bureaux devrait en moyenne maintenant respecter en 2026 le seuil de 810 kgeqCO2/m²SU (auquel on ajoute également les autres facteurs de modulation).

Entre 765 et 810, il y a donc 105 kgCO2eq/m²SU de différence. Cette augmentation de seuil avec le décret Rivaton n’est donc négligeable et pourrait engendrer une facilité de respecter la RE2020 pour les IGH et potentiellement un « abandon » des dispositions bas carbone actuellement mises en œuvre par les promoteurs et entreprises.

Si cette mesure est annoncée pour compenser les contraintes techniques des IGH, notamment au regard de la sécurité incendie, on peut se demander s’il fallait permettre une telle réhausse pour compenser ces seules contraintes.

Cette question se pose d’autant plus que des projets d’IGH sont prévus pour construire des nouveaux espaces de bureaux dans les métropoles, quand les études de taux de vacances de bâtiments existants de bureaux indiquent qu’il y a de plus en plus de bâtiments vides et vacants, prêts à être repris ou reconvertis.

Est-ce que le futur de la construction bas carbone ne serait pas une alliance entre la réversibilité des bâtiments et une optimisation des usages ?

Le secteur du bâtiment, responsables d’importantes émissions de gaz à effet de serre

Aujourd’hui, le secteur du bâtiment est responsable d’environ 23 % des émissions de gaz à effet de serre françaises (en considérant les consommations énergétiques des bâtiments et les travaux de construction ou de rénovation). Face aux objectifs de neutralité carbone que s’est fixée la France d’ici 2050 via la stratégie nationale bas carbone (SNBC), l’acte de construire et de rénover nos bâtiments doit évoluer pour mieux prendre en considération les efforts de réduction des émissions à réaliser.

emissions_GES_par_secteur.png

La construction neuve est réglementée par la RE2020, en vigueur depuis le 1er janvier 2022, et cadre notamment les émissions de GES d’un bâtiment sur sa phase de chantier et sa phase d’exploitation. Les seuils qui doivent être respectés évoluent jusqu’à 2031 de manière à ce que la filière du BTP puisse développer ses méthodes de construction bas carbone, ainsi que les filières de matériaux adaptées.
Sur le volet de la rénovation, il n’existe aujourd’hui aucune réglementation qui vient de manière similaire, évaluer les émissions de gaz à effet de serre des matériaux mis en œuvre, de leur renouvellement, des processus en phase chantier.
Alors finalement au-delà de la seule manière de construire et de rénover, un des leviers pour concrètement réduire les émissions de GES futures, est peut-être la réversibilité des bâtiments, pour mieux anticiper les travaux de modification et de transformation d’un bâtiment.
D’un point de vue des usages, alors que la durée de vie moyenne d’un bâtiment dépasse en général 50 ans, son usage, lui, change souvent au cours du temps (bureaux transformés en logements, commerces reconvertis en espaces de coworking ou ateliers). Ce sont tous ces changements qui entraînent des travaux et souvent une destruction partielle, générant des déchets, des consommations énergétiques et la mise en œuvre de matériaux neufs et donc des émissions supplémentaires de gaz à effet de serre.

Alors, revenons aux fondamentaux : qu’est-ce que la réversibilité concrètement ?

Selon l’AQC, la réversibilité caractérise l’aptitude d’un ouvrage, neuf ou existant, à changer facilement d’usage plusieurs fois dans le temps. L’AQC dans son guide pour la réversibilité regarde quatre autres notions :

- La démontabilité : capacité d’un bâtiment à être démonté de façon non destructive, pour le déplacer ou pour restituer le site à son état d’origine
- L’évolutivité /modularité : capacité à la flexibilité et à l’élasticité afin de faciliter les changements d’affectation des espaces d’un bâtiment
- L’hybridation : réversibilité progressive du fait d’une liberté de l’espace, d’une indétermination des usages ou d’une programmation plurifonctionnelle au sein d’un même bâtiment
- La transformation : reconversion et restructuration lourdes avec changement de destination.

Ces différentes dimensions nous invitent à caractériser plus concrètement ce qu’il y a derrière la notion de réversibilité.

Quels sont les grands principes de la réversibilité ?

Les grands principes de la réversibilité incluent notamment :

- Une structure porteuse indépendante des cloisonnements pour permettre la redistribution des espaces, sans intervention lourde sur la structure
- Une hauteur sous plafond adaptée pour différents usages (exemple des hauteurs sous plafonds des logements ou des bureaux qui sont généralement différentes)
- Une trame constructive modulable (par exemple 7,20 m plutôt que 5,40 m pour accueillir des aménagements variés), dans laquelle une trame plus légère pourra également exister s’il y a un besoin de cloisonner davantage
- Des réseaux techniques accessibles et démontables, facilement remplaçables et clairement identifiés
- La mise en œuvre de matériaux de second œuvre facilement remplaçables et n’engendrant pas de dommages sur d’autres matériaux lors de leur dépose. Les poses mécaniques sont par exemple privilégiées aux poses collées pour les revêtements de sol.
- Des menuiseries extérieures dimensionnées et positionnées pour convenir à plusieurs usages
- Des systèmes techniques dimensionnés pour convenir) plusieurs usages
- Une conception liée au confort d’été adaptée à différentes plages d’usage

Si en tant que concepteur d’un bâtiment réversible nous mettons en œuvre ces principes, il serait alors intéressant de pourvoir mesurer les émissions de GES réellement évitées selon le cycle de vie du bâtiment et de pouvoir corréler par ordre d’importance les différents leviers. Pour cela, il est nécessaire de comprendre comment sont décomposées les émissions d’un bâtiment moyen.

Comment décortiquer les émissions de GES d’un bâtiment ?

Tout d’abord, il est nécessaire de rappeler que les émissions de GES engendrées par un bâtiment neuf (en lien avec les seuils de la RE2020) sur son cycle de vie sont réparties de la manière suivante :

repartition_emission_GES.png

L’indicateur Ic Construction intègre les émissions liées à la mise en œuvre des produits de construction et l’indicateur Ic énergie intègre lui les émissions liées aux consommations énergétiques du bâtiment sur 50 ans. En moyenne, 67% des émissions d’un bâtiment sur 50 ans sont ainsi liées aux produits de construction (mise en œuvre, renouvellement et traitement en fin de vie) et 33% aux consommation énergétiques.

Dans ces 67% d’émissions, est comptabilisée la fin de vie des matériaux, au regard des analyses de cycle de vie propres à chaque matériau. Et en moyenne, il peut être considéré que 10% des émissions sont à relier à cette phase de fin de vie.

Comment sont pris en compte les travaux dans l’empreinte carbone globale d’un bâtiment ?

Nous avons donc vu que la construction et le renouvellement de certains produits de construction sont considérés dans l’impact carbone initial d’un bâtiment sur 50 ans, mais les travaux de rénovation lourde que celui-ci subit au bout de 30 ou 40 ans ne sont pas considérés. Ainsi, lorsqu’un bâtiment non réversible doit être démoli après 30 ans pour changer d’usage, il faut reconstruire, ce qui vient finalement grever le poids carbone global.

Essayons d’y voir plus clair à l’aide d’un cas pratique :

Pour un bâtiment tertiaire de 10 000 m² ayant une durée de vie cible de 50 ans, différents scénarios de réversibilité et d’impact carbone ont été modélisés. Il en ressort les éléments suivants :

Prenons l’exemple d’un bâtiment tertiaire de bureaux. Dans le cas le plus classique, la conception du bâtiment ne permettra pas une réelle réversibilité dans le temps. Des travaux de rénovation, qu’ils soient d’ordre énergétiques ou plus lourds seront réalisés au bout de 30 ans.

exemple batiments tertiaires

Ces valeurs estimées sont issues à la fois de la RE2020 pour la valeur seuil de construction d’un bâtiment de bureaux, et issus de retours d’expérience Vizea extrapolés pour les rénovations et déconstructions. Si ces valeurs peuvent être remises en question, il s’agit avant tout de comprendre les ordres de grandeurs et les enjeux qui se cachent derrière chaque nouvelle phase que subit un bâtiment.

Il est donc important de considérer que si tous les grands principes de la réversibilité sont mis en œuvre, l’ensemble des travaux de rénovation et de réallocation des espaces et de changement d’usage, seront davantage réduits dans le temps, voir divisés par 2 au global sur 50 ans.

A noter que cela suppose aussi que le changement d’usage ne soit pas non plus drastique, remettant en cause l’ensemble des systèmes techniques et de leur dimensionnement pour convenir aux nouveaux usages.

Concevoir des bâtiments réversibles, c’est passer d’une logique de cycle court à une logique de résilience. C’est aussi reconnaître qu’un bâtiment n’a pas une fonction figée : il vit, il évolue. En réduisant les démolitions et reconstructions, on économise des milliers de tonnes de CO₂, tout en répondant à la demande croissante de flexibilité immobilière.

La requalification des friches constitue aujourd’hui un levier majeur pour répondre à la fois aux besoins croissants en logements et au renforcement de la cellule économique locale. En mobilisant ces espaces délaissés, il devient possible de développer une offre résidentielle adaptée tout en réinsérant des activités économiques en cœur de ville, contribuant ainsi à une sobriété foncière renforcée et à une meilleure résilience climatique. En mobilisant une connaissance fine du foncier, en articulant les outils opérationnels et en intégrant une ingénierie environnementale et climatique renforcée, les collectivités peuvent transformer ces espaces délaissés en véritables ressources territoriales. L’enjeu n’est pas seulement foncier : il est écologique, social et économique, et nécessite une approche systémique capable de révéler les potentiels et de bâtir des trajectoires de projet durables. Vizea s’inscrit dans cette dynamique en accompagnant les territoires dans l’identification, l’activation et la transformation de ces gisements fonciers.

Requalification des friches et renouvellement urbain : révéler les gisements fonciers pour transformer les territoires

Dans un contexte de raréfaction du foncier, d’exigences croissantes liées au Zéro Artificialisation Nette (ZAN) et d’une forte demande en logements, les collectivités doivent repenser leurs modes de production urbaine. Les friches — industrielles, urbaines, artisanales, hospitalières, ferroviaires, commerciales ou encore rurales — représentent à ce titre un potentiel stratégique largement sous-mobilisé.

Pourquoi restent-elles inexploitées ? Quels leviers activer ? En quoi une approche systémique renouvelée apporte-t-elle un cadre indispensable d’analyse et d’action ? Et comment l’ingénierie environnementale et climatique peut-elle valoriser et sécuriser ces démarches ?

La requalification des friches s’impose désormais comme un pilier de l’urbanisme durable, du développement territorial et même de la cohésion sociale (Cerema, ORT, ANRU). C’est précisément l’expertise de Vizea : accompagner les territoires dans l’identification, l’activation et la transformation de ces gisements latents, grâce à une ingénierie amont solide, à la fois environnementale, stratégique et opérationnelle.

Comprendre les friches et le foncier : trois définitions pour clarifier les enjeux

Il est important de distinguer clairement trois notions clés pour comprendre les enjeux liés aux friches et au foncier.
La friche désigne un espace bâti ou non bâti, délaissé ou sous-utilisé, issu d’une activité économique, publique ou privée qui a cessé ; elle peut être polluée, obsolète ou simplement vacante.
Le foncier, quant à lui, ne se limite pas au terrain : il englobe l’ensemble des droits qui y sont attachés — propriété, constructibilité, servitudes, usages — et ne devient véritablement mobilisable que lorsqu’il est maîtrisable sur les plans juridique, technique et stratégique.
Enfin, le renouvellement urbain correspond à un processus global de transformation des quartiers existants, combinant réhabilitation, requalification des espaces publics, diversification de l’habitat, mobilisation du foncier vacant, amélioration du bâti, arrivée de nouveaux services et développement des mobilités actives. Ensemble, ces trois concepts forment la colonne vertébrale des politiques locales de transformation des territoires.
La friche représente d’abord l’opportunité : un espace délaissé, sous-utilisé ou obsolète, qui ouvre la possibilité d’agir sans artificialiser davantage les sols.
Le foncier constitue ensuite un levier déterminant : au-delà de la seule maîtrise des droits qui lui sont attachés — propriété, usages, constructibilité — il porte aussi la mémoire des usages passés, des identités locales et des dynamiques sociales qui s’y sont succédé. L’appropriation de ce foncier, qu’il s’agisse d’un quartier tombé en désuétude ou d’un terrain en attente de projet, permet de rendre concrète toute ambition de transformation, en conditionnant sa faisabilité opérationnelle autant que son acceptabilité sociale.
Enfin, le renouvellement urbain en représente la finalité : Il s’agit non seulement de requalifier, diversifier, reconnecter et revitaliser des morceaux de ville ou de village, mais aussi de restaurer leur rôle social, d’y réintroduire une intensité de vie faite d’interactions, de services et de pratiques collectives, et de redonner sens à des lieux parfois oubliés. L’objectif est ainsi d’améliorer la qualité de vie, l’attractivité et le fonctionnement territorial, tout en renouant avec l’histoire et l’identité qui façonnent durablement ces espaces.

Dès lors, une question se pose : si ces démarches produisent autant de valeur, pourquoi ne pas les généraliser ? Comment identifier le gisement foncier et social mobilisable ? Quel processus mettre en place pour transformer durablement ces espaces, tout en anticipant les évolutions climatiques ? Et quel rôle l’ingénierie environnementale peut-elle jouer pour orchestrer ces transitions ?

Évaluer les gisements fonciers : un prérequis stratégique

Le Cerema, la ANCT et les EPF le rappellent : il n’y a pas de politique de requalification sans connaissance fine des gisements. Évaluer ces gisements, c’est :inventorier les friches et les terrains sous-utilisés ;

• inventorier les friches et les terrains sous-utilisés
• qualifier leur état (pollutions, sols, structures, risques) ;
• analyser les contraintes réglementaires (PLU, PPR, servitudes) ;
• prendre en compte les enjeux climatiques ;
• projeter les usages possibles ;
• mesurer l’ampleur des besoins en logements et équipements ;
• évaluer les potentiels et arbitrer entre densification, requalification, renaturation.

À ce jour, on dispose de pistes chiffrées fortes : selon l’inventaire national piloté par le Cerema, environ 15 000 friches ont été recensées en France, représentant un foncier cumulé d’environ 60 000 hectares .
D’autres sources estiment que la superficie potentielle des friches pourrait atteindre entre 90 000 et 150 000 hectares. Ce gisement est donc bien réel et immense. Par exemple, la plateforme “Cartofriches” du Cerema recense plus de 14 300 sites à ce jour.
Par ailleurs, les dispositifs publics se sont largement mobilisés : le “Fonds Friches” lancé en 2021 a bénéficié d’enveloppes significatives (300 M€, puis +350 M€ en 2021, +100 M€ en 2022) pour soutenir la reconversion des friches.
Ces financements attestent de la reconnaissance publique de l’enjeu mais également la nécessité de soutenir financièrement et de poursuivre cet effort.
Ainsi, cette phase d’évaluation n’est pas seulement un prérequis : c’est un acte stratégique majeur. En identifiant tôt les fonciers “actionnables”, en analysant leur potentiel (logements, activités, équipements), en arbitrant entre densification ou renaturation, les collectivités se doteront d’un réservoir d’opportunités foncières et d’une feuille de route opérationnelle. C’est dans cette ingénierie amont que réside la capacité à répondre aux tensions de marché du logement, à maîtriser les coûts fonciers et à faire du renouvellement urbain une réalité concrète et durable. Il est certain qu’une approche à la fois systémique et multiscalaire, qui se décline explicitement dans les documents de planification et d’urbanisme, constitue un prérequis indispensable. Nous sommes également convaincus que ce travail peut être réalisé à l’échelle d’un secteur ou d’un parc immobilier.

Mobiliser les outils fonciers et financiers : les leviers pour activer les friches

Les outils existent et doivent être utilisés ensemble :

  • EPF d’État ou locaux : portage foncier, négociation, dépollution, recyclage opérationnel. Acteurs clés pour sécuriser la maîtrise foncière.
  • ORT (Opérations de Revitalisation du Territoire) : simplification des procédures, dérogations PLU, mobilisation d’aides à la réhabilitation.
  • DIIF / OPAH / OPAH-RU : dispositifs immobiliers et habitats spécifiques pour les logements anciens.
  • Aides à la résorption des friches (ADEME, Fonds friches) : financements pour dépollution et requalification.
  • Banque des Territoires / Action Logement : leviers financiers pour logements et équipements.
  • Programmes ANRU : leviers majeurs dans les quartiers prioritaires (réhabilitation, nouveaux usages, espaces publics).

L’enjeu pour les collectivités : articuler ces outils autour d’une vision foncière claire.

La maîtrise foncière : condition de réussite

Tous les retours d’expérience convergent : le pilotage foncier est l’ossature de la requalification. Ainsi la prise en compte des enjeux environnementaux et climatiques dès cette phase est essentielle.

Sans maîtrise foncière :

  • les projets sont bloqués,
  • les prix explosent,
  • les négociations s’enlisent,
  • les programmations deviennent instables.

Avec maîtrise foncière :

  • les calendriers se sécurisent,
  • les usages s’ajustent,
  • les charges foncières sont maîtrisées,
  • les investisseurs peuvent s’engager,
  • les ambitions environnementales sont maintenues ou dépassées,
  • la programmation devient cohérente.

Territoires ruraux et périurbains : un gisement souvent oublié

La requalification de friches n’est pas qu’un sujet urbain. Le Cerema et l’ANCT montrent que les friches agricoles, artisanales, militaires ou industrielles sont nombreuses en ruralité et périphérie.

Elles permettent :de

  • créer des services manquants (santé, commerce, tiers-lieux),
  • réinventer les mobilités actives (chemins, liaisons douces, cyclabilité),
  • diversifier les formes d’habitat,
  • reconstituer des centralités dans des zones dévitalisées,
  • limiter l’étalement résidentiel, 
  • participer à la création de cellule économique prenant plus en compte les enjeux environnementaux et les nouveaux besoins.

Ces territoires disposent souvent de peu d’ingénierie locale, ce qui rend l’accompagnement extérieur déterminant pour définir les priorités, sécuriser les montages et garantir la viabilité des projets. Le rôle de Vizea s’inscrit pleinement dans cette dynamique, aux côtés des dispositifs de soutien départementaux et régionaux. À titre d’exemple, la mission que nous menons avec la Région Nouvelle-Aquitaine en appui aux territoires ruraux illustre cette démarche : apporter une ingénierie structurante pour aider les collectivités à concevoir des projets cohérents, opérationnels et alignés avec la feuille de route Néo Terra.

L’ingénierie amont, environnementale et stratégique : le cœur du changement

Nous avons la conviction que la complexité technique, réglementaire et opérationnelle des friches impose une ingénierie amont forte, capable d’embrasser simultanément les enjeux du sol, du climat, des usages et de la transformation urbaine. Souvent marquées par des sols pollués (métaux lourds, composés organiques persistants), des réseaux obsolètes, des nappes altérées ou une fragmentation écologique, les friches concentrent des enjeux environnementaux majeurs.

Pourtant, ces contraintes constituent aussi un formidable levier d’action : déjà raccordées aux infrastructures urbaines, elles offrent une opportunité unique de recycler le foncier sans consommer de nouvelles terres agricoles ou naturelles. Leur reconversion peut même générer des bénéfices écologiques significatifs — restauration des sols, renaturation, infiltration des eaux pluviales, création d’îlots de fraîcheur, continuités écologiques — dans une logique de régénération environnementale essentielle à l’adaptation climatique. Les approches émergentes de sustainable remediation encouragent d’ailleurs des stratégies de dépollution bas-carbone, limitant l’énergie consommée et les volumes excavés.

Dans ce contexte, la reconversion des friches ne peut être efficace que si elle repose sur une connaissance précise des contraintes et des potentiels, et sur une vision globale du projet de territoire. Cette ingénierie doit ainsi mobiliser, de manière coordonnée :

  • les sols, la pollution et les structures, pour qualifier les risques, évaluer les coûts de dépollution et sécuriser la constructibilité ;
  • l’hydraulique et les risques naturels, notamment la gestion intégrée des eaux pluviales, la maîtrise des ruissellements et la résilience face aux inondations ;
  • la biodiversité et les continuités écologiques, afin de transformer la friche en support de renaturation, de trames vertes et bleues, et de fonctionnalités écosystémiques ;
  • l’eau, les microclimats locaux et la réaction bioclimatique de la morphologie urbaine, car la forme de la ville conditionne la manière dont elle capte, diffuse ou dissipe les flux de chaleur, de vent et d’humidité ;
  • la qualité de l’air et la santé environnementale, avec une attention accrue aux expositions, nuisances, sols poussiéreux ou pollués, et aux populations vulnérables ;
  • les usages, les pratiques et les attentes sociales, pour garantir que la requalification réponde aux besoins réels du territoire et renforce les solidarités locales ;
  • la faisabilité économique, pour sécuriser les trajectoires financières et mobiliser les dispositifs d’aide ;
  • l’analyse en coût global, afin de valoriser un urbanisme circulaire intégrant les coûts d’aménagement, d’entretien, de gestion des ressources, de résilience climatique et de fin de vie des matériaux, et démontrant la performance des stratégies de sobriété, de réemploi et de mutualisation ;
  • le montage juridique et fiscal, indispensable pour maîtriser le foncier, structurer les partenariats et rendre le projet opérationnel.

Sur le terrain, nos équipes mobilisent une approche intégrée articulant expertise environnementale, ingénierie climatique, programmation urbaine, lecture fonctionnelle et évaluation des impacts. Cette combinaison de compétences permet d’appréhender les friches comme des systèmes complexes, où les dimensions écologique, sociale, technique et foncière interagissent étroitement.

Dans la pratique, cette méthode facilite l’identification des leviers de transformation les plus pertinents et favorise des trajectoires de projet compatibles avec les objectifs de sobriété foncière, d’adaptation climatique et de revitalisation territoriale.

La requalification des friches ouvre également un potentiel considérable pour accélérer la transition bas carbone du secteur du bâtiment. En mobilisant l’existant plutôt qu’en construisant ex nihilo, elle permet d’éviter l’empreinte carbone majeure liée aux matériaux neufs, notamment le béton et l’acier. Mais au-delà de cette sobriété par l’usage du bâti existant, les friches constituent de véritables gisements de matériaux : structures métalliques, bois, éléments de façade, briques, blocs béton, pavés, voiries, réseaux, équipements réemployables. Ce « stock dormant » est souvent sous-estimé alors qu’il représente une ressource locale, immédiatement disponible et à faible impact environnemental.

Dans cette perspective, Vizea défend et met en œuvre un urbanisme résolument circulaire, qui vise à prolonger la vie des matériaux, réduire les déchets et limiter le recours à des ressources neuves. Lorsque cette logique est intégrée dès l’amont — inventaires matière, diagnostics ressources, activation des filières locales de réemploi — la friche devient un chantier exemplaire de décarbonation : moins d’extraction, moins de transport, moins de matière neuve, et une valorisation optimale du patrimoine existant. En révélant ces gisements et en les intégrant à la conception, la requalification contribue à un urbanisme plus sobre, cohérent avec les trajectoires bas carbone nationales, tout en renforçant les filières locales et l’ancrage territorial des projets.

Conclusion

La requalification des friches et le renouvellement urbain constituent aujourd’hui les leviers essentiels de la transformation durable des territoires. Ils permettent de répondre simultanément aux besoins pressants en logement, à l’exigence de sobriété foncière imposée par le ZAN, à la revitalisation des centralités, à l’amélioration du cadre de vie, à la réduction des émissions carbones liées à nos modes de vie et à la réduction des inégalités territoriales. Mais ils sont également, et de manière croissante, des vecteurs d’action climatique et environnementale, capables d’ancrer la transition écologique dans des projets concrets, visibles et adaptés aux réalités locales.

En effet, les friches et les tissus urbains existants concentrent souvent des vulnérabilités environnementales : îlots de chaleur urbains, sols imperméabilisés, risques naturels, pollutions héritées, dégradation de la biodiversité. Leur transformation offre une opportunité rare d’y intégrer des solutions fondées sur la nature, une gestion de l’eau repensée, des continuités écologiques, et des stratégies de confort d’été adaptées aux épisodes de chaleur extrême. Les documents récents — en particulier les analyses de l’I4CE — rappellent que la France doit anticiper un climat 2050 potentiellement marqué par +3 à +4 °C de réchauffement moyen. Cette réalité impose d’intégrer l’adaptation non pas comme un supplément optionnel, mais comme un pilier structurant des projets.

Cela signifie :

  • repenser les usages et les formes urbaines pour limiter les surchauffes et améliorer le confort ;
  • intégrer systématiquement la gestion de l’eau à ciel ouvert et la lutte contre l’imperméabilisation ;
  • prendre en compte la vulnérabilité sociale dans les choix d’aménagement ;
  • mobiliser des matériaux, filières et méthodes moins carbonés ;
  • étudier les réactions bioclimatiques de la morphologie urbaine et de ses transformations ;
  • concevoir des quartiers capables d’absorber les aléas plutôt que de les subir.

Les besoins d’investissement identifiés par l’I4CE et les retours d’expérience de l’ANRU démontrent que les infrastructures existantes ne sont pas suffisamment adaptées et que les politiques publiques sous-estiment encore largement les coûts réels de l’adaptation. Dans ce contexte, la requalification des friches devient non seulement une réponse foncière, mais un outil majeur d’adaptation territoriale, au sens large : environnementale, climatique, sociale et économique.

En ce sens, nous sommes convaincus de l’importance de prendre en compte une démarche bioclimatique dans l’analyse des gisements et dans leurs exploitations. En effet, la morphologie urbaine et son évolution jouent un rôle direct dans :

  • La captation ou la dissipation de chaleur (îlots de chaleur, albédo, inertie).
  • La circulation de l’air (effet canyon, corridors de ventilation).
  • La gestion de l'humidité et des apports solaires (ombrage, évapotranspiration).
  • Le confort thermique en espace public comme dans le bâti.

Sur le plan économique, la requalification est souvent coûteuse – dépollution, démolition, études – et son modèle financier incertain. Elle exige des arbitrages éclairés entre valeur foncière, risques résiduels, soutenabilité des investissements et bénéfices pour le territoire. Enfin, la complexité de la gouvernance multi-acteurs rend indispensable une ingénierie forte : coordination des services publics, action des EPF, participation des habitants, sécurisation juridique. Dans ce contexte, la requalification des friches apparaît comme un révélateur des capacités des territoires à planifier, coopérer et investir collectivement dans leur propre transformation

Pour y parvenir, les collectivités ont besoin d’une ingénierie solide, capable de révéler les gisements, d’évaluer les risques et les opportunités, de maîtriser le foncier mobilisable, de bâtir des programmations cohérentes et de projeter un avenir possible et désirable. Elles ont également besoin d’un accompagnement pour intégrer ces enjeux dans leurs documents de planification, leurs stratégies ZAN, leurs feuilles de route environnementales et leurs choix d’investissement.

C’est précisément l’engagement et la contribution de Vizea : faire des friches de véritables ressources territoriales, activer les gisements fonciers latents, articuler les enjeux fonciers avec les enjeux climatiques, et contribuer à « refaire ville » de manière durable, cohérente et désirable. Dans la continuité de notre manifeste — rendre possible la transformation de notre société pour préserver la planète — nous avons pris une position claire : restreindre nos interventions en extension urbaine et orienter nos efforts vers la requalification des friches, des zones déjà urbanisées, levier majeur de sobriété foncière et de transition écologique.

Ce choix est assumé : il vise à préserver les sols vivants, la biodiversité et les continuités écologiques, à restaurer le cycle naturel de l’eau et à ménager les territoires. Il reflète également notre volonté de favoriser des valeurs locales et soutenables, en réinvestissant l’existant plutôt qu’en le consommant.

Notre approche systémique — qui associe ingénierie environnementale, expertise climat, programmation urbaine, démarche prospective et accompagnement stratégique — permet d’aider les territoires à anticiper les ruptures à venir, à renforcer leur résilience et à construire des lieux capables d’accueillir les usages et les modes de vie de demain. Dans cette logique, Vizea accompagne les collectivités dans l’identification des fonciers actionnables, leur hiérarchisation et leur mobilisation, afin de transformer un potentiel diffus en projets concrets, utiles et porteurs de sens.

La RE2020 évolue et avec elle de nouveaux bâtiments y seront soumis très prochainement.

Depuis le 1er janvier 2022, la RE2020 (réglementation environnementale 2020) est devenue la nouvelle référence en matière de performance environnementale pour la construction neuve en France. Elle succède à la RT2012 (réglementation thermique) et marque un véritable tournant dans la manière de concevoir les bâtiments. Là où la RT2012 se concentrait essentiellement sur la performance énergétique, la RE2020 intègre de manière plus globale le confort d’été et la performance bas carbone des bâtiments lors des phases chantier et exploitation. Cette évolution est d’autant plus importante que le secteur du bâtiment représente près de 40 % de la consommation énergétique nationale et environ 25 % des émissions de gaz à effet de serre. Une réglementation permettant de s’inscrire dans la stratégie nationale bas carbone (SNBC) et les efforts performanciels demandés au secteur sont donc nécessaires.

Quels sont les objectifs de cette réglementation ?

L’objectif de cette réglementation est triple. Elle vise d’abord à réduire l’empreinte carbone des constructions, en prenant en compte l’impact des matériaux sur l’ensemble de leur cycle de vie, de l’extraction des matières premières jusqu’à le traitement en fin de vie des produits. Elle cherche également à améliorer la performance énergétique des bâtiments en réduisant leur consommation d’énergie primaire et en favorisant le recours aux énergies renouvelables. Enfin, elle introduit une nouvelle exigence : le confort d’été. Avec la multiplication des épisodes de canicule, les bâtiments doivent davantage considérer cette problématique dès la conception des bâtiments.
Pour atteindre ces objectifs, la RE2020 s’appuie sur plusieurs indicateurs qui doivent être évalués lors des différentes phases de la conception et du chantier.

Ces indicateurs sont les suivants :

  • Le Bbio (besoin bioclimatique) : mesure l’efficacité du bâti indépendamment des systèmes énergétiques envisagés
  • Les indicateurs Cep et Cep,nr, : évaluent la consommation d’énergie primaire et sa part non renouvelable
  • L’indicateur Ic Construction : quantifie les émissions de gaz à effet de serre émises par l’acte de construire, soient les processus chantier, l’excavation et le déplacement des terres ainsi que la mise en œuvre des matériaux de construction sur une durée de vie de 50 ans
  • L’indicateur Ic Energie : quantifie les émissions de gaz à effet de serre émises par les énergies consommées pendant la même durée de vie globale de 50 ans
  • L’indicateur DH (degrés-heures) : permet de vérifier que le bâtiment reste agréable à vivre même en période de forte chaleur, selon des scenarii d’usage définis.

Cette réglementation a donc pour objectifs de réduire les consommations énergétiques et les émissions de GES des bâtiments, à la fois pendant la phase de chantier mais également pendant toute l’exploitation du futur bâtiment. La conception doit être bioclimatique et pensée pour les usages et l’évolution du climat et notamment l’augmentation des périodes caniculaires.

Quels bâtiments sont soumis à cette réglementation ?

La RE2020 est entrée en vigueur en 2022 seulement pour quatre typologies de bâtiment :

  • Maisons individuelles ou accolées
  • Logements collectifs
  • Bureaux
  • Enseignement primaire ou secondaire

Ce qui excluait donc une grande partie des constructions neuves.

Une évolution de la RE est à venir, et est donc censée rendre obligatoire, par un arrêté au 1er janvier 2026 l’atteinte de performances environnementales pour les typologies suivantes :  

  • Etablissements d’accueil de la petite enfance
  • Bâtiments universitaires d’enseignement et de recherche
  • Médiathèques et bibliothèques
  • Hôtels
  • Restaurants
  • Commerces
  • Vestiaires
  • Etablissements sanitaires et établissements de santé
  • Aérogares
  • Industries ou artisanats
  • Etablissements sportifs

La mise en application de la réglementation pour tous les autres bâtiments se faisait donc attendre pour inscrire le secteur du bâtiment dans une stratégie globale de réduction des consommations énergétiques et des émissions de gaz à effet de serre pour respecter les objectifs nationaux de 2030 et 205

Quels sont les seuils de la RE2020 ?

Concernant spécifiquement le volet carbone de cette réglementation et donc les indicateurs Ic Construction et Ic Energie, ceux-ci disposent de seuils progressifs, échelonnés dans le temps afin de permettre à la filière de la construction de s’adapter aux contraintes et modes de faire. Ces seuils sont donc évolutifs en fonction des années 2022 (pour les premières typologies), 2025, 2028 et 2031.

Les seuils pour chaque typologie sont présentés dans le graphique suivant pour l’indicateur Ic Construction : 

RE 2020 1

 

Il est à noter que de manière globale, une réduction de 17% des émissions de GES est constatée entre les seuils 2025 et 2028 et une réduction de 22% entre les seuils 2028 et 2031, ce qui indique que des efforts relativement similaires de réduction sont demandés entre les différentes typologies de bâtiment.

Les typologies vestiaires et aérogares bénéficient des seuils les plus réhaussés, au regard de leurs spécificités techniques et architecturales et d’espaces qui les contraignent dans l’atteinte de performances bas carbone.

Quelles sont les prochaines étapes ?

En résumé, la RE2020 est bien plus qu’une nouvelle réglementation : elle redéfinit en profondeur notre manière de construire et d’habiter. Ses évolutions programmées jusqu’en 2031 poussent la filière du bâtiment à innover, à décarboner et à concevoir des bâtiments plus confortables et résilients face aux défis climatiques. Pour rester compétitifs et répondre aux attentes du marché, les acteurs de la construction doivent s’approprier dès maintenant les seuils de la réglementation sur toutes les typologies qui vont y être soumis très prochainement, et qui n’auront pas eu la première phase « 2022 » pour apprivoiser les performances à atteindre en conservant une architecture et des matériaux relativement conventionnels.

Un travail de conception et des échanges entre les différents acteurs des projets de construction neuve doivent dès maintenant avoir lieu pour anticiper les dépôts de permis de construire à venir et s’éviter des ralentissements de projet lorsqu’il sera question de valider les seuils de performance.

 

 

 

 

 

Entre contraintes techniques, engagement environnemental et confort des équipes, retour sur une aventure collective racontée par Romain Masse.

Chez Vizea, l’année 2025 a aussi rimé avec travaux !

La création d’un deuxième étage, entièrement conçu en bois et isolants biosourcés, a permis d’accueillir de nouveaux collaborateurs tout en restant fidèle à nos valeurs : sobriété, confort et exemplarité environnementale.  Romain Masse, responsable d'entité au pôle Bâtiment Durable, revient sur ce chantier pas tout à fait comme les autres — entre contraintes techniques, adaptation continue et fierté de voir nos convictions prendre forme… au sein même de nos locaux.

Un deuxième étage tout neuf chez Vizea !

Cet article présente le projet d’agrandissement de Vizea, création d’un second étage, pour ses collaborateurs, toujours plus nombreux à rejoindre l’aventure !Entre aléas climatiques et contraintes financières, Romain Masse, responsable d’entité en Bâtiment Durable, nous raconte son expérience en tant que porteur du projet.

 

Quelles étaient les motivations et les enjeux de départ de ces travaux ?

Le premier GT Travaux a été lancé en 2019 / 2020, avec l'ambition d'ajouter un niveau sur l'ensemble du bâtiment, plateau arrière compris. Une première idée non formalisée de "Vizea 150" à l'époque a poussé ce projet, afin de pouvoir à la vue de la croissance de la société accueillir les nouveaux collaborateurs dans des conditions confortables.

La période contraignante de la COVID a impacté le passage de la phase conception à la réalisation. Malgré le PC accepté en 2020, la hausse des prix des matériaux a remis en question le projet avec un coût travaux quasiment doublé par rapport à la situation économique préalable. Fin 2023, il a été décidé, dans un nouveau contexte de croissance et de lancement officiel du "Vizea 150" de relancer le projet et de trouver des solutions afin d'accueillir les nouveaux Vizéens : aménagement du 109, location ou achat de locaux existant.

Et finalement pourquoi ne pas se replonger dans le PC de 2020, et trouver des optimisations ? En est venue fin 2024 l'idée de ne conserver que la partie de projet en surélévation de notre pavillon, et plus au-dessus du plateau arrière de bureaux. Effectivement, cette dernière ne comporte pas de fondations ni de structure lourde, la surface créée y était petite mais très onéreuse vus les travaux de confortement structurels nécessaires !

Nous lançons les études de plans et les échanges avec les entreprises en septembre 2024, en janvier 2025 le permis du nouveau projet est accepté, en mars 2025 les travaux sont lancés, et en juillet 2025 le chantier est terminé ! On déclare la fin de la levée de réserves en septembre 2025 !

 

Quels choix ont été les plus impactant d’un point de vue développement durable et confort d’usage ? Y a-t-il des choses que tu aurais aimé faire pour aller encore plus loin sur ces aspects ?

Les choix forts de développement durable ont été actés dès le premier projet, avant mon arrivée. L'étage serait en bois, les isolants en fibre de bois. A partir de là il n’y a plus tellement de négociations ou d'optimisations à mener. c'est un projet déjà très vertueux ! Par l'expérience bâtimentaire de Vizea, les choix ont été faits "en bonne intelligence" : on n'a pas cherché à faire tourner une batterie d'études pour se mettre aux minimums réglementaires. On a préféré maximiser les solutions dès le départ : encore une fois le tout bois pour la structure (plancher bas, façades, toitures), un isolant en laine de bois de 20 cm et R =5,5 en façades, un isolant de 24 cm et R = 11 en toiture. C'est largement supérieur à la moyenne constatée sur d'autres projets. On peut aussi parler de la toiture végétalisée inaccessible avec un substrat de 16 cm.

Sur le confort c'est autre chose. J'ai été moteur sur ces sujets, accompagné par Fabrice il faut le dire, et ai pu proposer de la même manière que sur le bâti de maximiser les solutions : brasseurs d'air en plafonds du nouvel étage, mais aussi de celui existant ; brises soleils orientables, baffles acoustiques, sous couche acoustique sous parquet ...

Pour aller plus loin, il y aurait bien eu l'isolant de toiture : il est en polyuréthane. Du fait des contraintes techniques, et soyons honnêtes, des coûts cumulés de nos solutions vertueuses, il n'était pas simple à varianter. Nous avons peut être manqué de temps afin d'explorer les variantes possibles avec l'entreprise pour améliorer ce point.

Autrement, je suis heureux que les préconisations que j'ai abordées aient été intégrées. J'avoue être même étonné sur le nombre de solutions acceptées et mises en œuvre in fine sur le confort, ça a un coût et je m'attendais à ce qu'on restreigne les choix à l'essentiel. Finalement ça n'est pas le cas et on a un étage très performant sur le confort visuel, le confort d'été et le confort acoustique !

 

 

Des problématiques ont sûrement dû apparaître, comment les avez-vous gérées ?

La difficulté de faire la synthèse entre les acteurs projet, la réalité des travaux dépendant des livraisons, des disponibilités humaines et matérielles et ... de la pluie. Oui, on en a eu des aléas !

Si on peut se passer un tant soit peu d'études de confort, on ne peut pas se passer d'une logistique éprouvée. Suivi, organisation, anticipation et réactivité ont été les outils clés pour s'en sortir. Ça n'a pas toujours été simple, mais à la fin il faut être agile et adaptable ... et parfois se dire que la seule chose prévue c'est que rien ne se passera comme prévu !

Mais les choses avancent et malgré les écueils : l'architecte est resté disponible en phase conception et réactif pour nous aider à sortir un PC conforme à nos attentes et celles de la mairie ; les deux entreprises de construction en phase travaux, CILG & MASTBAT, ont toujours trouvé des solutions, corrigé les écarts quand il y en avait, et sont restés mobilisés jusqu'au bout afin de nous remettre un projet qualitatif et à 100% fini !

 

Quel regard portes-tu aujourd’hui sur le résultat final ?

Je le trouve très qualitatif. A vrai dire le simple fait (si on peut dire que c'est simple...) que le nouvel étage soit là est déjà une réalisation en soit. Mais le fait que tout ce qui était projeté sur le papier, notamment sur les choix environnementalement vertueux, soit mis en œuvre "pour de vrai" est une véritable réussite !

Je le trouve aussi très beau : à l'extérieur, le bardage bois est super et s'intègre bien à la rue et à l'existant sans choquer.

A l'intérieur, l'étage est pour moi magnifique : on le doit à notre sélection des couleurs et des teintes (brasseurs, parquets, peintures ...) mais aussi aux entreprises CILG & MASBAT, avec les poutres apparentes et les finitions intérieures soignées. On verra à l'usage mais je pense qu'on aura la preuve que les études c'est bien mais que si on maximise dès le départ les items de confort en lien avec une composante environnementale sur la sélection des solutions et des produits, le confort est assuré de lui-même. Ça a un coût, mais il ne semble pas démesuré à l'échelle du projet.

 

 

Qu’est-ce que cette expérience t’a appris que tu pourras réinvestir dans les projets clients de Vizea ?

Au sens des valeurs professionnelles que je porte je vais "ré-employer" quelques passages repris dans les lignes ci-dessus.

J'avais déjà je pense, de bonnes bases en suivi, organisation, anticipation et réactivité. En revanche le projet m'a réellement appris à être agile et adaptable, et à accepter que parfois la seule chose prévue c'est que rien ne se passera comme prévu ! Mais que les choses avancent malgré tout.

Tout cela me permettra je pense d'être plus apaisé sur la gestion de projets, d'accepter l'inattendu, de savoir renforcer mon accompagnement et contrôle dans les phases clés des projets. Et aussi de savoir écouter les contraintes qui peuvent impacter le niveau environnemental ambitieux, pour sortir avec des solutions concertées et continuer à avancer avec une équipe projet fédérée.

Sur ce, je vous dis à bientôt, et vous donne rendez vous au 2ème étage !

 

 

La nouvelle version de la certification BREEAM New Construction, la V7, marque un tournant pour la construction durable.

Applicable dès à présent aux projets de construction neuve, la V7 remplacera définitivement les versions 2016 et V6 à compter du 27 janvier 2026. Les porteurs de projets disposent néanmoins d’une période transitoire : les enregistrements selon les versions précédentes restent possibles jusqu’au 26 janvier 2026.

BREEAMV7

 Figure 1: Evolution des référentiels BREEAM (rénovation et construction) depuis la création de la certification BREEAM

La certification BREEAM

La certification BREEAM (Building Research Establishment Environmental Assessment Method), délivrée par l’organisme britannique BRE (Building Research Establishment), constitue aujourd’hui le référentiel environnemental le plus largement utilisé au niveau international. Présente dans plus de 100 pays et appliquée à près de 3 millions de projets, elle offre un cadre reconnu pour évaluer et valoriser la performance environnementale des opérations. Sa flexibilité permet de l’adapter :
- à différentes échelles : du quartier aux infrastructures, en passant par les rénovations et les bâtiments en exploitation ;
- et à une grande variété de typologies, telles que le commerce, l’enseignement, la santé, l’industrie, les bureaux, l’hébergement, les équipements sportifs, culturels ou hôteliers.

Pourquoi faire certifier un projet BREEAM ?

La certification BREEAM s’impose aujourd’hui comme un levier stratégique pour les promoteurs, les collectivités et les investisseurs souhaitant valoriser leurs opérations immobilières. Cette certification garantit en premier lieu le confort et la qualité d’usage pour les occupants, tout en permettant une maîtrise du coût global grâce à la réduction des consommations d’énergie et d’eau.
Elle encourage également une meilleure durabilité des bâtiments, en favorisant l’emploi de matériaux durables et responsables, une conception adaptée aux évolutions futures (changement d'usage et démontabilité) et en intégrant des critères de résilience face aux changements climatiques, aux risques liés aux inondations, à la pollution ou aux aléas météorologiques. Ainsi, elle constitue une démarche stratégique alliant performance environnementale, économique et sociale.

Les évolutions apportées par le référentiel BREEAM New Construction V7

 La version 7 de la certification BREEAM New Construction intègre des évolutions permettant un alignement avec les objectifs de la Taxinomie européenne, notamment :

  • Atténuation du changement climatique : renforcement des exigences en matière de performance énergétique, généralisation des tests d’étanchéité à l’air et intégration systématique de l’analyse de cycle de vie des bâtiments.
  • Adaptation au changement climatique : prise en compte accrue de la résilience des constructions face aux aléas climatiques futurs.
  • Utilisation durable de l’eau : encadrement plus strict des débits de consommation afin de réduire la pression sur les ressources en eau.
  • Transition vers une économie circulaire : valorisation renforcée des déchets de chantier et conception des bâtiments favorisant leur adaptabilité et leur démontabilité pour anticiper les évolutions d’usage.
  • Prévention et réduction de la pollution : choix de matériaux à impact sanitaire limité, amélioration de la gestion des pollutions sur site et mise en œuvre de pratiques de chantier à faibles nuisances.

 Des exigences renforcées sur les enjeux environnementaux

  • Climat et énergie : la V7 intègre des critères plus stricts en matière de performance énergétique, d’étanchéité à l’air et d’analyse de cycle de vie. Elle encourage la conception bioclimatique, la régulation des systèmes énergivores et la planification d’une trajectoire zéro carbone compatible avec la limitation du réchauffement à 1,5 °C.
  • Eau : Les projets sont valorisés lorsqu’ils estiment leurs consommations et mettent en place des mesures concrètes de réduction.
  • Matériaux : La méthodologie d'analyse de cycle de vie est renforcée, avec la réalisation et la mise à jour de l'étude à chaque phase de la conception, puis en fin de chantier, ainsi qu'une vérification de l'analyse par un tiers. L’utilisation de matériaux disposant de FDES et issus d’approvisionnements responsables est également valorisée.
  • Économie circulaire & déchets : la V7 impose un audit pré-démolition pour les projets concernés et la valorisation d’au moins 70 % en masse des déchets de chantier non dangereux. L’adaptabilité et la démontabilité des bâtiments sont davantage prises en compte pour anticiper les usages futurs et limiter le gaspillage de matériaux.
  • Pollution : le référentiel précise les attentes concernant les fluides frigorigènes et les systèmes à combustion, tout en valorisant les alternatives sans émissions directes.

 Confort, biodiversité et mobilité mieux intégrés

  • Confort visuel : la thématique est entièrement restructurée pour inclure le contrôle de l’éblouissement, la qualité de la lumière naturelle et artificielle, et leurs effets sur le rythme circadien.
  • Accessibilité & sécurité : de nouvelles exigences relatives à la sécurité sur site sont intégrées
  • Biodiversité : la V7 impose désormais un diagnostic écologique préalable, et encourage la mise en place d'actions pour limiter les impacts du chantier et garantir une gestion écologique du site sur les trois prochaines décennies.
  • Transports : la V7 valorise les mobilités douces, via une étude des transports et un plan de déplacement obligatoire.

Et pour les BREEAM Assessors ?

Une nouvelle plateforme est accessible, simplifiant la prise en main du référentiel. Les outils d'évaluation (anciennement au format Excel) sont désormais directement intégrés à l’interface.

 Les types de projets sur lesquels nous travaillons chez Vizea :

Chez Vizea, nous accompagnons nos clients en tant qu’AMO et/ou MOE sur une large diversité de projets : bureaux, commerces, résidences étudiantes, hôtels, etc.
Nos qualifications BREEAM Assessor et BREEAM AP nous permettent de vous guider efficacement dans l’obtention de la certification BREEAM.
De plus, nos équipes sont formées à la mise en œuvre de la version V7 du référentiel, afin d’intégrer dès aujourd’hui ses nouvelles exigences dans vos projets.

Selon l'Association pour le Développement du Bâtiment Bas-Carbone (BBCA), la construction d'un édifice neuf représente environ 60% de l'empreinte carbone du secteur de la construction en 2019. Parmi les principaux contributeurs à cet impact environnemental se trouve le béton générateur de près de la moitié des émissions du secteur.

La décarbonation commence dès la conception des bâtiments. C’est en considérant en amont les méthodes de construction et les matériaux employés, ainsi que l'usage futur du bâtiment que l’empreinte carbone peut être maîtrisée. L'adoption de nouvelles pratiques se heurte souvent à des traditions bien ancrées, rendant la transformation complexe. Le choix de matériaux de construction à faible empreinte carbone revêt une importance capitale dans cette démarche, incluant l'utilisation de matériaux recyclés et durables, tels que le bois issu de sources responsables et locales, et la réduction, voire l'élimination, du ciment et du béton.

Dans ce contexte, la construction hors site émerge comme une nouvelle méthode constructive pour bâtir des villes de manière plus durable. Cette méthode offre des opportunités significatives pour repenser la construction et minimiser son impact. La construction hors site offre l'opportunité d'intégrer des matériaux biosourcés. Elle repose principalement sur l'utilisation du bois comme matériau principal, car il est plus facile à assembler et à transporter que des matériaux plus traditionnels comme le béton.

Préfabrication ou Construction hors site ? 

  • La préfabrication a pris son essor en même temps que l'industrialisation et consiste en la fabrication, dans des usines et ateliers spécialisés, d’éléments et/ou de composants constructifs d’un bâtiment ou d’une partie du bâtiment. Ces éléments et/ou composants sont ensuite transportés et montés sur site.
  • La construction hors-site reprend les principes de la préfabrication et englobe les enjeux contemporains : qualité architecturale, développement de filière responsable, économie circulaire, carbone… Ainsi la construction hors site permet d’améliorer les conditions du travail, de réduire les nuisances pour les riverains, de réaliser des constructions bas-carbone, d’optimiser les coûts et le temps des projets, enfin d’améliorer la qualité des constructions.

prefa1

Image 1 : Les différents niveaux de construction hors-site et leur taux d’industrialisation, Pauline Schömbs, 2023

Comment évaluer la construction hors site ? 

En 2023, un groupe de travail composé de l’Immobilière 3F (I3F), la Société du Grand Paris (SGP) et Grand Paris Aménagement (GPA), a élaboré une charte pour le développement de la construction hors-site. Cette charte a été signée le 18 octobre 2023 et a lancé la création de l’association Filière hors site France.

La charte établit une grille d’évaluation ; les niveaux d’ambitions visés dépendent de la part du coût des travaux dédiés à la construction hors site, des seuils IC construction de la RE2020 et de la distance entre l’industriel et le chantier.   

prefa2

Image 2 : Grille d’évaluation, extrait de la charte pour la construction hors-site (octobre 2023). 

Ainsi le groupe de travail a pour objectif de viser au moins 50 % de leurs programmes immobiliers en logements collectifs neufs en maîtrise d’ouvrage ayant recours au hors-site.

La crainte de la standardisation : vers des bâtiments tous identiques ? 

Pour faire face aux défis de qualité architecturale et de transition écologique, il est nécessaire de réfléchir et de s'engager dans une démarche collaborative pluridisciplinaire.

Qu'il s'agisse des promoteurs, des architectes, des industriels… tous reconnaissent des obstacles à leur échelle : dimensions financières, limitations du travail des architectes, décalages culturels...

L'utilisation d'objets catalogue ou l'imposition d'une entreprise dès la phase de conception représente des contraintes techniques susceptibles de compromettre la qualité architecturale du projet. Un aspect défavorable pour certaines architectes, mais un avantage environnemental qui rationalise la construction et contribue à la compacité des bâtiments, ce qui améliore les performances énergétiques.

L’intégration de hors site sur un chantier nécessite de revoir le modèle de conception classique. La loi MOP inversée est déjà en test chez certains acteurs, permettant de trouver l’entreprise et l’industriel avant de lancer le concours de maîtrise d'œuvre.

prefa3

Image 3 : Lot B, Ile de la Marne, Woodeum, SOCAREN

Le positionnement de Vizea

La filière doit encore se développer pour gagner en crédibilité et ainsi réellement s'affirmer sur le marché de la construction. Cependant elle peut constituer une solution pour favoriser la sobriété dans la construction. En effet, avec l’atteinte des seuils de la RE2020, des objectifs 2025 et 2028, les méthodes traditionnelles des bâtiments en béton doivent être abandonnées. La construction hors site apparaît comme une nouvelle technique constructive permettant de décarboner tout en partie la construction d’un bâtiment. Il est nécessaire de sensibiliser les architectes à ces nouvelles techniques pour rendre compatibles des prescriptions environnementales et la conception d’un projet architectural. 

Des pourcentages d'intégration de construction hors site peuvent ainsi être prescrits, par exemple : “La construction sera réalisée à 30% des coûts totaux du projet en composants hors site (toutes techniques de construction hors site confondues).”

A noter que la réglementation incendie est le principal frein à l’intégration de bois dans les constructions et donc à l’intégration de modules hors site.

Création : 12 juillet 2024 
Écrit par Pauline Schömbs

« Débrouille toi pour que ce bois n’arrive jamais au chantier. Pas d’bois, pas d’construction. Pas d'construction, pas d’logement. Pas d’logement… Pas d’logement ». Cette citation qui s’inspire du film Astérix et Obélix : mission « Cléopâtre » pourrait résumer la situation de la construction décarbonée de demain ; et demain, c’est dès aujourd’hui.

L’évolution actuelle du contexte national et international est marquée par des préoccupations croissantes du grand public et des décideurs concernant la dégradation de l’environnement, les conséquences du changement climatique, ainsi que la demande grandissante en énergie et en matières première. Dans ce cadre, la France s’est notamment engagée, au travers des lois Grenelle (2009), à une réduction par quatre de ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2050 par rapport à 1990. Cet arsenal législatif s’est renforcé avec la loi de transition énergétique (2017) qui vise l’émergence de solutions bois afin de contribuer à répondre aux enjeux climatiques à venir, et en particulier pour apporter des solutions constructives « bas-carbone ». Enfin, depuis 2022, à travers la nouvelle réglementation environnementale (RE 2020), le secteur de la construction doit quantifier son empreinte carbone à travers deux nouveaux indicateurs. Son objectif : limiter le poids carbone du bâtiment sur l’ensemble de son cycle de vie, de sa conception jusqu’à sa démolition. Cet impact est désormais calculé pour la majorité des bâtiments neufs, que ce soit concernant :

  • les matériaux utilisés pour sa construction,
  • l’énergie utilisée pendant son chantier et pour l’habiter.

Le seuil carbone « IC Construction » de la RE 2020, de plus en plus contraignant au fil du temps, nécessite pour les concepteurs de la ville, une rupture vis-à-vis des procédés constructifs conventionnels de plus en plus marquée notamment à partir de 2025 et obligatoire en 2028. Dans ce contexte, l’utilisation du bois et plus largement des matériaux biosourcés dans la construction est en plein développement et va devenir « réglementaire » en France, pour tout bâtiment neuf devant respecter la RE des 2028.

Or, les constructions en bois ou intégrant tout ou partie de bois en tant que mode constructif ou revêtement de façade se sont multipliées dans un contexte parfois d’expérimentation à grande échelle. En effet, les réglementations fixées par chaque pays n’intègrent pas spécifiquement l’utilisation accrue du bois dans ce type de construction. C’est le cas pour la France, où seule une doctrine pour la construction des immeubles en matériaux biosourcées et combustibles existe. Elle a vu le jour en 2021, réalisée par la préfecture de Police et la Brigade des Sapeurs Pompier de Paris (BSPP) encadrant une réglementation sur cette base. Jusqu’ici, les réglementations françaises de sécurité incendie, que ce soit pour les bâtiments d’habitation à usages professionnels relevant du Code du travail, les Établissements Recevant du Public (ERP) ou les immeubles de grandes hauteurs IGH, ont toutes été établies pour des constructions maçonnées. C’est dans ce contexte mouvant que se retrouvent les concepteurs de la ville de demain. Des réglementations nationales de plus en contraignantes, demandant l’intégration de matériaux biosourcés et une réglementation incendie qui peine à suivre les objectifs de la loi.

IC Construction seuil

Figure 1 En logement collectif, pour atteindre le seuil 2028 de l’IC Construction de la RE 2020, l’intégration de structures a minima mixtes bois béton devient quasiment obligatoire.
Source : retour d’expérience et réalisation VIZEA

La réglementation incendie en France : la doctrine de la BSPP

Son objectif principal est d’assurer la sécurité des personnes :

  • en contribuant à éviter l’éclosion d’un incendie,
  • en cas d’incendie, en permettant de limiter son développement, sa propagation, ses effets sur les personnes et en facilitant l’intervention des secours.

Cinq principes font office de socle d’exigences :

   1. Graduer les mesures de prévention incendie en fonction de la hauteur des bâtiments dès lors que le plancher bas du dernier niveau est à plus de 8 mètres du sol (R+3 environ).

   2. Assurer la mise en sécurité des occupants et des secours :

  • en sanctuarisant les circulations verticales (escaliers, ascenseurs prioritaires et destinés à l’évacuation de personnes en situation de handicap en cas d’incendie) en mettant en œuvre des cages et des gaines continues en matériaux incombustible,
  • en protégeant les circulations horizontales par encapsulage.

   3. Limiter la part des matériaux biosourcés apparents et/ou la compenser avec des barrières de protection passive (encapsulage) ou active (système d’extinction automatique à eau).

   4. Renforcer les mesures d’isolements afin de limiter la propagation de l’incendie y compris vers ou depuis un bâtiment tiers. (Impact des flux thermiques vers les tiers vis-à-vis / propagation vers les niveaux superposées via les planchers, les façades et les isolements latéraux).

   5. Renforcer les mesures de protection des parties de bâtiments comprenant des locaux à sommeil.

doctrine immeuble

Figure 2 Doctrine pour la construction des immeubles en matériaux biosourcés et combustible – BSPP

La qualification du risque incendie se répartit selon 4 principes :

  • La qualification du risque en fonction de la hauteur du plancher du dernier niveau. En effet, plus le bâtiment est haut plus :
    • les cheminements d’évacuation sont longs et plus les délais pour que les occupants sortent sont importants, le tout associé à des effectifs cumulés potentiellement conséquents,
    • le temps nécessaire à l’engagement des pompiers est important (si bâti > 28 m, pas d’intervention possible par l’extérieur et le temps nécessaire à la mise en place du dispositif échelle adapté est potentiellement supérieur à 30 minutes après le début du sinistre).
  • La qualification du risque en fonction de présence de bois apparent à l’intérieur des locaux. Un premier RETEX fait état que lorsque le bois est apparent, notamment des planchers hauts, il amène à un développement de l’incendie beaucoup plus rapide et à des puissances dégagées bien plus grandes que lors de l’utilisation de matériaux incombustibles. Il est décidé d’associer dans certains cas, la possibilité de rendre le bois apparent s’il y a mise en œuvre d’un système d’extinction automatique à eau approprié.
  • La sanctuarisation des cheminements d’évacuation et d’intervention. Les constructions en France au-delà de 8 m disposent d’escalier encloisonnées pour permettre l’évacuation des occupants puis d’assurer l’accès au service de secours lorsque l’accessibilité en façades au moyen des échelles aériennes n’est plus possible compte tenu de la hauteur. Ces escaliers et ascenseurs prioritaires sont mis en œuvre avec des cages et gaines incombustibles : Un escalier en bois massif, même bénéficiant d’une protection passive (encapsulage ou flocage) n’est ainsi pas envisageable.

A partir de 18 m, les circulations horizontales (desservant les paliers ou reliant les escaliers entre eux), et les gaines d’ascenseur doivent disposer d’une protection sur chacun des deux faces des parois verticales et en sous face des plafonds en matériaux biosourcés.

  • Le renforcement de la défense extérieure contre l’incendie (débit en eau minimum des hydrants à proximité, l’hydrant le plus proche à moins de 100 m du risque à défendre et colonnes sèches obligatoire dans les escaliers à partir de 18 mètres).

synthèse incendie

Figure 3 Synthèse de la réglementation incendie issue de la doctrine de la BSPP – Réalisation : VIZEA

Deux perceptions qui doivent converger

Ainsi, plus le bâtiment est haut, plus il sera difficile de limiter l’impact carbone de sa construction, vis-à-vis des normes incendie. En France, elles s’appliquent sur les bâtiments de logements collectifs dépassant le niveau R+3. On pense d’abord à la Protection Feu Passive (PFP) avec l’obligation d’encapsuler une partie du bois. Qui dit encapsulage, dit matériaux supplémentaires et donc poids carbone et économique supplémentaire. Tout comme la Protection Feu Active (PFA), soit l’ensemble des éléments de détection et d’extinction qui intègre l’installation de mètre linéaire de réseau supplémentaire et alourdit là encore le poids carbone et économique du projet.

Ces injonctions contradictoires qui peuvent apparaitre entre engagement des concepteurs de la ville au sens large (aménageur, promoteurs, etc.) et prescriptions des services de secours et d’incendie peut s’expliquer par la temporalité opposée d’intervention des deux acteurs dans le maillon de la chaine de construction. Quand les concepteurs de la ville arrivent en amont dans un projet, ils se doivent de respecter une réglementation environnementale légitimement de plus en plus contraignante et supporter un coût économique direct. Les services de secours et d’incendie arrivent quant à eux en bout de chaine, (même s'ils donnent leur avis au stade du permis de construire) c’est-à-dire lorsque « l’heure est grave » et qu’un drame humain peut être en jeu. Ceci peut alors expliquer qu’ils imposent une réglementation extrêmement exigeante et pas forcément compatible avec les enjeux de décarbonation et d’une moindre consommation de matière premières pour le secteur de la construction.

Les différents retours d’expériences sur l’évolution des législations et l’intégration de modes constructifs biosourcés, tout autant qu’à travers et les retours « terrain » des sinistres de bâtiment doivent permettre de trouver un point de convergence entre ces deux enjeux, et assurer résilience et protection de nos mode de vies, y compris de nos toits.

Sources

  • Sécurité incendie dans les constructions en bois
  • Doctrine pour la construction des immeubles en matériaux biosourcés et combustibles (Préfecture de police/BSPP)

 

Cela fait deux ans que la RE2020 régit les constructions neuves : elle est applicable aux bâtiments à usage d’habitation depuis le 1er janvier 2022 et plus récemment aux bâtiments de bureaux et d’enseignement. En apportant son lot de nouveautés, notamment en intégrant le volet carbone de la construction à la réglementation, la RE2020 a également fait évoluer la manière de considérer le confort thermique au sein des bâtiments.

Le confort thermique était auparavant traduit par la TIC (Température Intérieure Conventionnelle). Pour rappel cet indicateur représentait la température maximale atteinte dans un bâtiment durant une période de fortes chaleurs. Seul bémol, cet indicateur était bien souvent décorrélé des sensations d’inconfort thermique perçues par les usagers des bâtiments. Pour traiter le problème différemment, la RE2020 a évolué, laissant de côté la TIC pour intégrer un nouvel indicateur, le Degré-Heure (DH / °C.h), censé être plus représentatif de l’inconfort thermique.

Alors, qu’en est-il ? Cet indicateur est-il réellement plus pertinent ?

 

Les degrés-heures, de quoi parlons-nous ?

Il s’agit d’un indicateur qui calcule l’écart entre la température ressentie dans le bâtiment et la température de confort (fixée à 28°C en journée), et qui somme cet écart heure par heure.

Pour donner un exemple simple, supposons que lors d’une journée, la température ressentie au sein d’un bâtiment était de 30°C à 16h, et de 29°C à 17h.

  • A 16h : 30 – 28 = 2 DH ;
  • A 17h : 29 – 28 = 1 DH.

Cela donnera au total +3 DH sur la plage considérée

Deux seuils sont définis pour les Degrés-Heures (DH) :

  • Un seuil haut à 1250 DH : il s’agit du seuil réglementaire. Au-delà de 1250 DH, le projet n’est pas conforme.
  • Un seuil bas à 350 DH : au-dessus de ce seuil, il est considéré qu’un inconfort thermique ponctuel existera, et qu’une partie des occupants aura vraisemblablement recours à un système de climatisation installé a posteriori. Le calcul réglementaire ajoutera donc un système de climatisation fictif, qui sera pris en compte dans le calcul du CEP et y ajoutera des consommations de froid.

confo été

Le calcul intègre donc des consommations de froid additionnelles pour pénaliser les projets qui ne prennent pas suffisamment en compte le confort thermique. Mais est-ce suffisant ?

Voyons comment ces pénalités sont calculées et si elles sont suffisamment contraignantes pour pousser les concepteurs à faire les efforts nécessaires au confort thermique.

 

La méthode de calcul des pénalités

Les pénalités de consommation de froid additionnel sont calculées, en énergie primaire, selon la formule suivante :

Pénalité froid = Coefficient d' usage * Variable_DH * Coefficient zone climatique et altitude

Avec :

  • Variable DH :
    • Si DH projet < 350 alors variable DH = 0 ;
    • Si 350 < DH projet < 1250, variable DH = DHprojet – 350 ;
    • Si DHprojet > 1250 °C.h, variable DH = 900 °C.h.
  • Coefficient d’usage :

coeff d'usage 2

  • Coefficient de zone climatique et d’altitude :

coeff climatique altitude

Prenons un immeuble de logement collectifs situé en Ile-de-France (altitude <400m) :

  • Coefficient d’usage = 0.011 ;
  • Coefficient de zone et altitude = 0.8 ;
  • Variable DH maximale = 900.

Au maximum, ce bâtiment aura donc une pénalité de consommation de froid d’une valeur de :

 kWh.EP/m².an

Le même immeuble situé à Lyon aurait une consommation additionnelle de +10 kWh.EP/m².an ; à Marseille, cela donnerait +12 kWhEP/m².an.

En comparaison au CEPmax, cela représenterait respectivement : +9% de consommations à Paris ; +11% à Lyon ; +15% à Marseille.

 

Le lien avec le confort d’été, et la traduction dans le CEP & CEPnr

Comme indiqué plus haut, les degrés-heures comptabilisent à chaque heure le nombre de degrés au-dessus de la limite de confort.

En simplifiant, la limite haute de 1250 DH équivaut à 25 jours pendant lesquels la température diurne ressentie serait de 30°C pour un seuil à 28°C, et la température nocturne serait de 28°C pour un seuil à 26°C.

Dans cet exemple, en nous situant dans le pire des cas donc, la méthode de calcul sanctionne un bâtiment qui génère 25 jours d’inconfort par une consommation additionnelle de 9% à 15% du CEPmax selon la zone géographique.

Si on compare ces données à celles des guides pédagogiques RE2020 du gouvernement, on peut voir que les consommations additionnelles ne sont pas vraiment contraignantes pour la conformité réglementaire des bâtiments en zone H1a.

Le graphe ci-dessous montre les résultats de CEPnr pour un bâtiment de 57 logements collectifs avec une enveloppe standard situé en zone H1a :

graphique

La majorité des variantes proposée ici respecte le seuil max CEPnr, même en intégrant la consommation de froid additionnelle la plus élevée possible pour un bâtiment de cette zone climatique.

Pour les zones H2d et H3 en revanche, plus souvent soumises aux températures élevées, le respect de cet indicateur est plus contraignant et force à réellement adopter des solutions pour améliorer le confort estival.

 

Quelles conclusions en tirer ?

Une comparaison simple entre les indicateurs DH, CEP et CEPnr nous montre qu’il est théoriquement possible de construire des bâtiments de logements réglementaires qui présentent un inconfort thermique durable, a minima dans certaines zones climatiques.

Les zones climatiques proches de la mer Méditerranée (H2d, H3) sont plus contraintes par cet indicateur qui y oblige à fournir des efforts de conception plus importants.

L’indicateur Degré-Heures est plus palpable que son ancêtre la TIC et le mécanisme de consommations additionnelles de froid est pertinent. Cependant, il ne se substitue pas à la réalisation d’une Simulation Thermique Dynamique (STD) pour juger du confort thermique d’un bâtiment et celles-ci restent encore la meilleure manière de l’estimer, en parallèle de la RE2020.

En moyenne dans l’hexagone, l’air est 5 à 7 fois plus pollué dans les espaces intérieurs qu’à l’extérieur...Les raisons sont nombreuses mais, dans le bâtiment neuf, les raisons principales sont des « enveloppes» thermiques hyper performantes, des systèmes de ventilation aux débits réglementaires encore trop faibles, et le manque de sensibilisation des usagers.

En considérant que nous respirons 12 000 litres d’air par jour et passons 85% de notre temps dans des lieux clos, le constat d'un coût sanitaire de 19 milliards d’euros par an est sans appel pour la France comprenant :

  • Les impacts de la perte de vies humaines
  • Le coût des soins (4 millions d’asthmatiques en France)
  • Le coût de la recherche publique

Voyons comment il est possible de prendre en compte dès maintenant la qualité de l’air (QAI) dans les projets et comment l’améliorer.

Comment savoir si un projet est impacté et nécessite un traitement renforcé de la QAI ?

Revenons un instant sur la qualité de l’air extérieur (QAE). Au-delà des matériaux de construction et de la performance des systèmes installés dans le bâtiment qui vont conditionner la bonne « évacuation » des polluants, l’implantation du site est un facteur primaire. En effet, c’est le premier indicateur qui va orienter le projet vers une nécessité de renforcer le traitement de l’air et dimensionner les systèmes afin d’y parvenir.

Limiter la pénétration des polluants extérieurs vers l’intérieur est une première étape.

La réglementation française ainsi que l’OMS définissent des seuils de qualité pour certains polluants qui permettent de juger d’une « bonne qualité de l’air. Notons que les écarts entre ces deux entités normatives sont majeurs et laissons le soin aux lecteurs de tirer leurs propres conclusions sur ces objectifs à la lumière des éléments suivants :

  • En 2022 les franciliens selon les seuils QAE Français étaient peu ou pas exposés à la pollution
  • Selon les seuils OMS, quasiment 100% de la même population sur la même période est exposée à la pollution (c'est-à-dire à des dépassements de seuils sur les NO2, O3,PM10 et PM2,5) ...

NiveauMaxPolluant.png

Dans les grands centres urbains, la pollution ambiante explique que le traitement de l’air est obligatoire dans nos bâtiments afin de garantir une qualité sanitaire aux usagers.

Vizea, réalisant des analyses de site et vérifiant systématiquement sur les projets qui lui sont confiés la qualité ambiante de l’air, note un dépassement systématique des seuils OMS, par exemple, en Ile-de-France.

Quel contexte règlementaire encadrant le traitement de l'air ?

Au-delà d’imposer des débits de ventilation minimaux suivant les typologies d’ouvrage, et l’étiquetage sanitaire des produits de construction, la règlementation française est assez avare d’objectifs en termes de QA I(Qualité d'Air Intérieur) pour le secteur du bâtiment. Les plans nationaux santé environnement dont la 4ème version (PNSE 4) a été publiée en 2021 donnent les grandes lignes et objectifs de réduction de la pollution de l’air extérieur entre autres, mais peu de mesures sont prises pour la QAI. Malgré la deuxième phase de relevés in situ pour le secteur du logement réalisée entre 2020 et 2023 afin de mieux comprendre et appréhender l’ampleur et les effets des polluants intérieurs, le sujet en est encore aux prémices alors que son importance se fait de plus en plus ressentir comme en atteste la crise sanitaire de 2020.

La seule mesure notable de « contrôle » réglementaire de la bonne QAI dans les logements consiste en la demande de réaliser une vérification des installations à la réception des ouvrages via le diagnostic « Promevent ».

Selon le PNSE 4, la source principale de pollution en logements est le sous débit du système de ventilation qui provoque des accumulations de particules et l’augmentation de l’humidité.

Concernant les autres typologies depuis 2018 les établissements accueillant des populations sensibles en continu (ERP de type écoles, crèches, collèges …) ont la nécessité règlementaire de surveiller la QAI. Une évolution du dispositif en 2023 inscrit la nécessité de contrôles plus réguliers :

  • Mesures des polluants règlementaires (formaldéhyde, benzène, CO2, perchloréthylène) lors des étapes clés (le chantier par exemple)
  • Evaluation annuelle des moyens d’aération (contre 7 ans avant)
  • Mesures, identification et réduction des polluants tous les 4 ans (contre 7 ans avant)

En 2025  la réglementation sera renforcée avec une extension des ERP concernés : structures sociales, médico-sociales et de santé, établissements pénitentiaires pour mineurs.

En synthèse, malheureusement les lignes directrices sont limitées en ce qui concerne la phase de conception et de livraison des bâtiments, avec peu ou pas d’objectifs réglementaires à atteindre.

Comment assurer le suivi et l'amélioration de la qualité de l'air sur les projets ?

Le meilleur moyen d’assurer et d'attester un suivi de la qualité de l’air de la conception à la livraison du bâtiment (voire à la phase exploitation) est de se reposer sur des labels et certifications.

 intérieur.jpg           ecrains.jpg          Cerqual.jpg

Du côté des logements, il existe par exemple la certification NF Habitat portée par CERQUAL et plus spécifiquement le Profil Air Intérieur qui lui est lié.

Pour le tertiaire il existe la certification HQE BD portée par CERTIVEA via son thème qualité de l’air et la possibilité de le pousser à des niveaux supérieurs, ou encore le labeln WELL, dédiée au bien-être de l’occupant.

Sur ces deux typologies également, des propositions indépendantes de tout cadre de certification se développent :

  • Le label intAIRieur porté par IMMOLAB
  • La démarche ECRAINS portée par l’ADEME et EKOPOLIS

Bien que le label ou la certification ne garantisse pas, en soi, un résultat « conforme »,  ces éléments permettent le suivi du thème qualité de l’air tout au long de l’opération, évitant les dérives et imposant des points de contrôles et de suivi réguliers pour améliorer la réponse globale du projet.

Le tableau ci dessous dresse un comparatif synthétique de quelques-uns des exemples précités afin d’aider à orienter le choix :

comparatif_labels.jpg

comparatif_labels_2.jpg

Ce tableau montre que les référentiels les plus polyvalents sont le label IntAIRieur et la démarche ECRAINS.

Ils peuvent être prévus facilement en complément d’autres certifications / labels sur les projets et apportent des plus-values non négligeables à la maîtrise de la QAI.

ECRAINS apparait comme plus adaptable aux différents projets en proposant le choix des exigences et différents niveaux de résultats.

Création : jeudi 25 janvier 2024 14:58 Écrit par Romain MASSE

Plus d'articles...

Vizea île de France

Siege Social

59 avenue Augustin Dumont

92240 MALAKOFF

01 84 19 69 00

contact@vizea.fr

Vizea Sud-Est

HEVEA

2 Rue Professeur Zimmermann,

69007 LYON

04 28 29 37 50

contact@vizea.fr

Vizea Grand-Ouest

14 rue Cécile Brunschvicg,

44000 Nantes

02 85 52 51 70

nantes@vizea.fr

Vizea Sud-Ouest

24 rue Rolland,

33000 Bordeaux

05 35 54 53 10

contact.vso@vizea.fr

Image

© Vizea - Tous droits réservés. Mentions légales - Plan du site - Vos questions les plus courantes