Actualités Urbanisme durable

À la tête de Vizea Sud-Ouest, Jonathan Coulet intervient à l’interface entre aménagement, construction et transformation des organisations. Depuis plus de 15 ans, il accompagne collectivités, aménageurs et entreprises sur des projets où les enjeux environnementaux ne sont plus théoriques, mais structurants. Son approche : relier stratégie et opérationnel pour rendre la transition réellement applicable 

Jonathan1

Qu’est-ce qui t’a conduit vers ce métier ?

Ce qui m’a conduit vers ce métier, c’est d’abord une sensibilité assez forte au vivant. Une attention à la nature, aux écosystèmes… et surtout à la manière dont nos modes de vie viennent les impacter.

Très vite, cette sensibilité m’a amené vers la ville. J’ai cherché à comprendre pourquoi certains lieux fonctionnent — créent du confort, de la qualité de vie, tout en respectant le vivant — et pourquoi d’autres non. Derrière cette question, je vois des flux, des usages, des politiques publiques, des choix très concrets, ainsi qu’une attention essentielle à la consommation des ressources et de l’énergie, et à la nécessité de les inscrire dans une logique de sobriété dans le temps.

Ce qui m’a accroché, c’est la complexité. L’aménagement oblige à croiser des sujets techniques, sociaux, environnementaux, économiques. Une complexité au sens d’Edgar Morin, qui ne se simplifie pas mais qui se structure.

J’ai aussi toujours eu une appétence pour le projet, pour l’architecture, pour la matérialité. Mais avec le besoin d’aller au-delà de l’objet, de comprendre les systèmes dans lesquels il s’inscrit.

Au départ, j’intervenais principalement à l’échelle des projets.
Et assez rapidement, je me suis rendu compte que beaucoup de décisions structurantes se jouaient en amont : dans les stratégies, dans les organisations, dans la manière dont les acteurs arbitrent.

C’est ce constat qui m’a amené à élargir progressivement mon intervention.

Aujourd’hui, j’interviens à la fois sur les projets… et sur les organisations qui les rendent possibles. Par exemple, sur le sujet de la mobilité, j’accompagne à la fois des collectivités dans la définition et le pilotage de leurs politiques publiques (plans de mobilité, stratégies territoriales), et des entreprises du territoire dans leur déclinaison opérationnelle : élaboration de plans de mobilité employeur, optimisation et mutualisation des flottes de véhicules, évolution des usages et des pratiques de déplacement. Dans la même logique, j’interviens également sur les enjeux énergétiques, en articulant vision stratégique et mise en œuvre opérationnelle. J’accompagne par exemple des collectivités dans la définition de trajectoires de sobriété énergétique à l’échelle communale ou intercommunale, ainsi que dans l’évaluation du potentiel de déploiement du photovoltaïque sur leur territoire. En parallèle, j’interviens auprès d’acteurs économiques pour traduire ces orientations en actions concrètes : mutation des systèmes de chauffage, amélioration de la performance énergétique, ou encore déploiement de solutions de production photovoltaïque adaptées à leurs sites et à leurs usages.

Finalement, c’est le même métier, mais à une autre échelle. Avec le temps, j’ai compris que ce métier me permettait d’articuler trois choses : comprendre, agir et transformer

À quel moment as-tu décidé de prendre la direction de Vizea Sud-Ouest ?

Ce n’est pas une décision qui s’est prise en un instant précis.

Après plusieurs années à travailler sur des sujets d’urbanisme durable en Ile-de-France, j’ai ressenti le besoin d’élargir mon champ d’action. Ne plus être uniquement dans le projet, mais intervenir sur l’ensemble de la chaîne : mobilité, bâtiment, stratégie, transformation des organisations.

Et puis il y avait une envie d’entreprendre.

Avec mes associés, nous avons fait un choix structurant dès le départ : ne pas spécialiser l’agence sur un seul sujet, mais assumer une approche globale et multi-expertises. C’était plus complexe à développer, mais beaucoup plus cohérent avec les enjeux.

L’ouverture à Bordeaux s’est imposée assez naturellement. D’un côté, une attache personnelle au territoire ; de l’autre, un contexte particulièrement révélateur des enjeux actuels — croissance, pression foncière, adaptation climatique — mais aussi une réelle capacité à expérimenter et à innover.

Être implanté localement n’était pas seulement une opportunité.
C’était une condition pour être utile.

Aujourd’hui, après 5 ans de développement, avec une équipe d’une dizaine de personnes, on intervient sur un spectre large : stratégies territoriales, projets d’aménagement, mobilités, ingénierie du bâtiment, accompagnement RSE, ainsi que démarches de décarbonation et d’adaptation au changement climatique. Et surtout, on voit que cette approche transversale fait sens pour les acteurs.

Quelles sont aujourd’hui les transformations les plus structurantes dans ton secteur ?

Le vrai sujet aujourd’hui, ce n’est plus la prise de conscience.

C’est le passage à l’action.

On observe encore beaucoup d’écart entre les ambitions affichées et les décisions réellement prises. Et c’est là que se situent les blocages.

Dans le même temps, le cadre a profondément changé.
Le modèle de ressources abondantes et peu chères est terminé. Énergie, matériaux, foncier… tout devient contraint. Et cela déstabilise l’ensemble des modèles économiques.

Dans un contexte où les marges de manœuvre se réduisent et où les impacts financiers — directs et indirects — du changement climatique deviennent de plus en plus visibles, l’enjeu n’est plus de s’arrêter à l’analyse, mais de passer à l’action.

Dans ce cadre, l’ingénierie et le conseil retrouvent pleinement leur utilité.
Pas pour empiler des études, mais pour arbitrer, décider et faire en sorte que ces décisions tiennent dans une économie contrainte.

Et cela concerne aujourd’hui tous les secteurs, pas uniquement l’aménagement.

Peux-tu donner un exemple concret de ces difficultés ?

On est régulièrement confrontés à des décalages entre stratégie et opérationnel.

Par exemple, des collectivités qui adoptent des trajectoires ambitieuses — type Plan Climat Air Energie Territorial — et qui, à l’échelle des projets, prennent des décisions qui vont à l’encontre de ces engagements.

Ce n’est pas un problème de volonté, mais d’alignement — et plus largement de moyens pour y parvenir.

Les acteurs ne disposent pas toujours des outils, des méthodes ou de l’ingénierie nécessaires pour appréhender la complexité des situations : comprendre les causalités, les effets en chaîne, les interactions entre décisions, parfois à plusieurs échelles ou sur des temporalités différentes.

Or, les enjeux environnementaux fonctionnent précisément de manière systémique, avec des impacts indirects, différés, souvent peu visibles à court terme.

Sans cette lecture, on prend des décisions partielles, parfois amputées, qui peuvent générer des effets négatifs pour notre territoire et la santé environnementale.

Autre point très fréquent : la question économique.

Elle est encore trop souvent utilisée pour justifier l’inaction ou limiter l’ambition.
Pourtant, dès qu’on élargit le raisonnement — en intégrant le moyen-long terme, les risques, les coûts d’exploitation — les équilibres changent profondément.

Ce qui manque, dans la majorité des cas, ce n’est pas la solution technique.
C’est un cadre de décision partagé, qui accepte de se projeter au-delà du court terme.

On l’observe très concrètement dans nos accompagnements, notamment sur des schémas directeurs immobiliers ou des plans stratégiques de patrimoine : dès lors qu’on réintroduit la notion de temps, la qualité environnementale et climatique des décisions s’améliore nettement.

Et c’est précisément à cet endroit que nous intervenons.

Quelle est ta vision de ton rôle aujourd’hui ?

Je travaille sur des sujets où il n’y a pas de solution simple.

Mon rôle consiste à aider à arbitrer dans des contextes complexes, avec des contraintes réelles, parfois contradictoires. On n’est pas là pour proposer des solutions idéales, mais pour rendre possible ce qui paraît difficile.

Concrètement, cela revient à aligner trois dimensions : les ambitions environnementales, les contraintes opérationnelles et les décisions effectivement prises.

Et c’est justement cette complexité des projets qui structure aussi mon rôle de dirigeant.

Pour être utile sur ces sujets, on ne peut pas fonctionner en silo. Il faut être capable de mobiliser plusieurs expertises, de croiser les échelles, de relier la stratégie au projet.

C’est pour cela que je travaille à structurer Vizea comme un écosystème cohérent et engagé, capable d’intervenir à la fois sur l’énergie, la mobilité, le bâtiment, l’aménagement, l’adaptation, la biodiversité, la RSE, l’éco-conception, la décarbonation et les stratégies territoriales.

Et derrière ça, il y a une conviction simple : la qualité de ce qu’on produit dépend directement de la qualité du collectif.

Mon rôle, c’est donc aussi de créer un cadre dans lequel chacun peut monter en compétence, prendre des responsabilités et contribuer pleinement. Parce que c’est à cette condition qu’on peut réellement être utile sur les projets

Comment vois-tu évoluer le secteur dans les prochaines années ?

La transition ne sera plus une option.

Il y aura des acteurs qui l’anticipent et en font un levier.
Et d’autres qui la subiront.

La différence se fera sur la capacité à intégrer ces enjeux suffisamment tôt… et surtout à les tenir dans la durée.

Aujourd’hui, on voit clairement que ceux qui prennent le temps de structurer leurs décisions en amont sont aussi ceux qui s’en sortent le mieux dans les phases opérationnelles.

C’est avec ces acteurs-là que je travaille au quotidien : ceux qui veulent dépasser le constat et entrer dans le faire, en assumant les arbitrages que cela implique.

Quelle conviction guide aujourd’hui ton action ?

Je suis convaincu que la transition se jouera dans la capacité à aligner les décisions.

Pas uniquement dans les stratégies, ni dans les projets pris isolément, mais dans la cohérence entre les deux.

Les organisations ont une capacité réelle à se transformer.
Mais cela suppose d’assumer des choix, de mobiliser les équipes et de tenir des trajectoires dans le temps.

Et à titre personnel, le fait d’être père donne une autre lecture à tout ça. On ne travaille plus uniquement sur des projets. On travaille sur des conditions de vie futures.

Et ça change le niveau d’exigence.

Bien plus qu’une obligation réglementaire, l’évaluation environnementale constitue un véritable outil d’aide à la décision pour anticiper les impacts, sécuriser les projets d’aménagement et renforcer leur ambition écologique dans la durée.

La prise en compte des enjeux environnementaux dans un projet d'aménagement constitue un prérequis incontournable à la réussite de tout projet d'aménagement. Elle ne relève plus uniquement d’une obligation réglementaire, mais d’une exigence stratégique et opérationnelle. Intégrer ces enjeux le plus en amont possible des projets permet d'apporter des réponses concrètes pour lutter contre l'artificialisation des sols, préserver les ressources et contribuer à l’atténuation et à l’adaptation au changement climatique.

L'évaluation environnementale, aussi appelée étude d’impact dans le cas d’un projet d’aménagement urbain, joue à ce titre un rôle central en tant qu'outil d'aide à la décision, permettant d'anticiper, d'évaluer et de réduire les incidences du projet sur l'environnement tout au long de sa vie. Elle permet également d’objectiver les choix et de sécuriser juridiquement l’opération. Elle s'inscrit dans une logique d'amélioration continue fondée sur la démarche ERCAS - éviter, réduire, compenser, accompagner et suivre.

Un cadre juridique structurant

L’évaluation environnementale est encadrée par le Code de l’Environnement (articles L.122-1 et L.122-3), qui définit son champ, ses objectifs et ses modalités. Selon l’article R.122-2, un projet peut relever d’une évaluation systémique ou d’un examen au cas par cas, notamment pour les travaux et aménagements de la catégorie 39.
Même si un projet est exempté d’étude d’impact selon sa superficie, l’autorité environnementale peut exiger une évaluation complète après instruction. Il sera alors attendu de répondre aux recommandations de la MRAe, (autorité indépendante) et réaliser les études techniques complémentaires nécessaires.
L'évaluation environnementale ne doit pas être perçue comme un document contraignant mais comme un outil d'aide à la décision. Conçue comme un processus et non comme un simple livrable, elle doit être réalisée dans une démarche itérative et orienter les choix programmatiques dans une démarche d’amélioration continue, et d’une limitation des impacts du projet d’aménagement sur l’environnement.

Notre approche pour une étude d’impact réussie et à forte valeur ajoutée stratégique

Signataire de la charte d’engagement des bureaux d’études en évaluation environnementale, Vizea garantit indépendance, transparence et devoir de conseil. Nous accompagnons les acteurs publics et privés tout au long des phases de projet, de la stratégie initiale au suivi chantier, pour transformer une obligation réglementaire en outil de pilotage environnemental.

Une méthodologie structurée dès l'amont

Dans le cadre des évaluations environnementales, Vizea a développé une méthodologie claire, opérationnelle et sécurisante.

Nous débutons systématiquement par la réalisation d’une note de cadrage préalable. Cette étape nous permet :

  • De définir précisément le périmètre d'intervention
  • De rassembler les premiers éléments programmatiques
  • D’identifier les projets connexes susceptibles de générer des effets cumulés
  • D’analyser les premières données environnementales disponibles
  • D’étudier les avis récents rendus par la MRAe sur des projets similaires ou situés à proximité
  • Cette analyse permet d’identifier les enjeux et d’orienter les choix du maître d’ouvrage dès le départ, tout en sécurisant le calendrier.

Un planning précis est ensuite mis en place pour anticiper allers-retours, validations et ateliers, en intégrant les phases critiques : collecte de données, rédaction, concertation. La coordination avec toutes les parties prenantes (MOA, MOE, bureaux d’études) est centrale : points réguliers et travail conjoint de l’état initial aux mesures ERCAS garantissent cohérence et respect des délais.

Aller au-delà de la stricte lecture réglementaire

Dans certains contextes, nous préconisons la réalisation d’une étude d’impact volontaire, même lorsqu’un projet pourrait, d’un point de vue strictement réglementaire, relever d’un simple examen au cas par cas.

Cette position repose sur nos retours d’expérience ainsi que sur l’analyse approfondie menée dans le cadre de notre note de cadrage préalable. Lorsque le site présente des enjeux environnementaux significatifs, des sensibilités fortes ou un contexte territorial complexe, il est souvent plus pertinent d’engager directement une étude d’impact complète, même si les seuils réglementaires ne sont pas atteints.

Cette situation se rencontre fréquemment en contexte dense, notamment en Île-de-France, où les enjeux sont multiples et fortement imbriqués. Dans ces territoires, l’anticipation constitue un facteur clé de réussite et de sécurisation juridique.

L’étude d’impact volontaire peut ainsi constituer une réponse stratégique : elle permet d’anticiper la décision de l’autorité environnementale, d’éviter des délais supplémentaires liés à une soumission tardive, et de sécuriser juridiquement le projet dès ses premières phases.

Un document itératif au service du projet et tout au long de sa vie

Nous défendons une vision dynamique de l'étude d'impact. Ce document doit évoluer avec le projet et dans le temps. Les ajustements programmatiques, les résultats d’études techniques, les retours des PPA ou les recommandations de l’autorité environnementale doivent pouvoir être intégrés progressivement.

Pensée comme un outil itératif, l’évaluation environnementale accompagne la maturation du projet. Elle nourrit les arbitrages, structure la démarche ERCAS et favorise l’émergence de solutions plus vertueuses. Pour garantir la mise en œuvre des mesures ERCAS, nous développons pour chaque étude, un outil de suivi destiné à la maîtrise d’ouvrage, avec l’appui des bureaux d’études. Il fournir un tableau synthétique des engagements et assure leur suivi sur toute la durée du projet : phases pré-opérationnelles, études, chantier et gestion.

Ainsi conçue, elle ne constitue pas une contrainte administrative supplémentaire, mais un véritable levier stratégique au service d’un projet d’aménagement écologique, ambitieux et durable, créateur de valeur environnementale et territoriale sur le long terme.

La décarbonation des espaces publics : un impératif pour des villes durables

L’urgence climatique et le rôle des espaces publics

Les espaces publics, qu’il s’agisse de places, de parcs, de rues ou d’infrastructures de transport, jouent un rôle central dans la qualité de vie urbaine. Pourtant, leur aménagement, leur entretien et leur utilisation contribuent significativement aux émissions de gaz à effet de serre. En France, le secteur du bâtiment et des infrastructures représente près de 25 % des émissions nationales de GES, tandis que les transports, souvent liés à l’organisation des aménagements urbains, en génèrent plus de 30 %. Face à l’urgence climatique et aux objectifs de neutralité carbone fixés pour 2050, la décarbonation des espaces publics s’impose comme une priorité. Elle nécessite une approche systémique, intégrant à la fois la conception, la gestion et l’usage de ces espaces, tout en répondant aux enjeux de résilience, d’inclusion et de biodiversité.

La transformation des pratiques dans ce secteur devient donc un enjeu stratégique pour atteindre les objectifs climatiques.

Les phases émettrices de GES

L’aménagement des espaces publics génère des émissions à chaque phase de leur cycle de vie. Dès la conception, le choix des matériaux (comme le béton, l’acier ou les revêtements bitumineux par exemple) est déterminant : leur production est énergivore et émettrice de GES. Par exemple, la fabrication d’une tonne de ciment libère environ 900 kg de CO₂. La phase de construction, avec l’utilisation d’engins de chantier fonctionnant aux énergies fossiles, amplifie cet impact. Ensuite, l’entretien des espaces, notamment l’éclairage public, l’arrosage des végétaux ou le nettoyage des sols, repose souvent sur des pratiques consommatrices d’énergie et de ressources. Enfin, l’usage même des espaces publics, comme la mobilité qu’ils induisent (voitures, deux-roues motorisés) ou les activités qui s’y déroulent (marchés, événements), peut générer des émissions indirectes. Ces étapes, bien que nécessaires, soulignent l’importance d’une réflexion globale pour réduire l’empreinte carbone des projets urbains.

Répartition_moyenne_des_émissions_de_GES_des_composants_du_béton.pngFigure 1 : Répartition moyenne des émissions de GES des composants du béton

Limiter l’artificialisation des sols et renforcer la séquestration carbone

La lutte contre l’artificialisation des sols est un levier majeur pour réduire les émissions de GES des espaces publics. En France, l’objectif de « zéro artificialisation nette » d’ici 2050 impose de repenser l’urbanisme en privilégiant la densification et la renaturation des espaces déjà urbanisés. Les sols naturels et les espaces végétalisés jouent en effet un rôle clé dans la séquestration des GES : un arbre mature peut absorber jusqu’à 20 kg de CO₂ par an, tandis qu’un sol urbain perméable et riche en matière organique stocke davantage de carbone qu’un sol imperméabilisé. Les projets de désimperméabilisation, comme la suppression des parkings minéralisés au profit de jardins de pluie ou de sols stabilisés végétalisés, permettent à la fois de réduire les îlots de chaleur et d’augmenter la capacité de stockage du carbone. Par ailleurs, la préservation des sols agricoles et forestiers en périphérie urbaine permet d’éviter les émissions liées à leur conversion, tout en maintenant des puits de carbone naturels.

Les matériaux bas carbone : innovations et vigilances

Le choix des matériaux est un autre levier essentiel pour décarboner les espaces publics. Les enrobés à froid, par exemple, représentent une alternative prometteuse aux enrobés traditionnels : leur fabrication à température ambiante réduit jusqu’à 40 % les émissions de GES par rapport aux enrobés chauds, tout en limitant la consommation d’énergie.

De même, les bétons bas carbone, incorporant des ajouts minéraux (comme les cendres volantes ou les laitiers de haut fourneau) ou des liants alternatifs, permettent de diminuer significativement l’empreinte carbone des infrastructures.

Certains matériaux en première approche « naturels » peuvent parfois s’avérer être des faux amis : le stabilisé, souvent perçu comme une solution écologique, nécessite en réalité un entretien régulier (arrosage, compactage, ajouts de liants hydrauliques) et une maintenance énergivore assez régulière, ce qui peut annuler ses bénéfices initiaux. Cela est d’autant plus vrai si le matériau sélectionné n’est pas adapté à l’usage (exemple : aménagement d’une piste cyclable très passante en stabilisé : il sera nécessaire de l’entretenir très régulièrement).

Comparaison_démissions_de_GES_de_revêtements_sur_la_base_de_FDES_de_la_base_Inies.png

Figure 2 : Comparaison d'émissions de GES de revêtements sur la base de FDES de la base Inies

Il est donc crucial d’évaluer le cycle de vie complet des aménagements et donc des matériaux mis en œuvre, en intégrant leur durabilité, leur besoin en maintenance et leur potentiel de recyclage.

Le réemploi et le recyclage : vers une économie circulaire des matériaux

Le réemploi et le recyclage des matériaux constituent une piste incontournable pour réduire l’empreinte carbone des aménagements. Le réemploi, qui consiste à utiliser des matériaux existants sans transformation (pavés, bornes, mobilier urbain), évite les émissions liées à la production de nouveaux produits notamment, parfois pour du réemploi réalisé in-situ, il permet aussi d’éviter des émissions de GES associées aux transports de ces matériaux. Par exemple, réutiliser des pavés en pierre naturelle issus de déconstruction permet d’économiser jusqu’à 90 % des émissions par rapport à la production de pavés neufs.

Le recyclage, quant à lui, transforme les déchets en nouvelles ressources : les granulats recyclés, issus de la déconstruction de bâtiments ou de chaussées, peuvent remplacer jusqu’à 30 % des granulats naturels dans les enrobés, réduisant ainsi l’extraction de matières premières et les émissions associées. Des initiatives comme les plateformes de réemploi ou les filières de recyclage local se multiplient, mais leur généralisation suppose une meilleure traçabilité des matériaux et une collaboration renforcée entre l’ensemble des acteurs de l’aménagement et demande également une forte anticipation des sujets lors de la conception des projets.

Quand recourir aux matériaux biosourcés ?

La mise en œuvre de ces matériaux dans les espaces publics prend des formes variées et innovantes. Pour les revêtements de sols, les dalles en bois composite ou en liège, résistantes à l’usure et antidérapantes, remplacent avantageusement les matériaux minéraux. Les mobiliers urbains (bancs, clôtures, signalétiques) en bois local ou en matériaux recyclés et biosourcés (comme les panneaux de particules à base de roseaux) se multiplient, alliant esthétique, durabilité et faible impact environnemental. Les structures paysagères tendent également à mettre en œuvre plus de bois.

Le rôle de la commande publique

La commande publique joue un rôle déterminant et se renforce en 2026 avec l’obligation d’intégrer des clauses environnementales dans les marchés publics. Les collectivités peuvent donc orienter les marchés vers des solutions plus vertueuses et durables et à minima faire en sorte d’analyser les différentes options pouvant être mises en œuvre sur les opérations. Cette évolution encourage l’innovation industrielle et favorise l’émergence de filières locales de matériaux bas carbone.

La décarbonation des espaces publics apparaît ainsi comme un chantier structurel pour le secteur des travaux publics : elle suppose une transformation des référentiels techniques, des pratiques professionnelles et des chaînes d’approvisionnement, mais elle offre aussi l’opportunité de construire des infrastructures plus durables, plus résilientes et mieux adaptées aux défis climatiques contemporains.

Finalement, comme toute opération d’aménagement ou de construction, la mise en avant de solutions bas carbone adaptées aux usages des espaces doit passer par une analyse fine des atouts et contraintes de chaque solution, et la réalisation d’étude en analyse de cycle de vie avec une période de temps précise peut aider les maitrises d’ouvrage et maitrises d’œuvre dans les décisions de conception à prendre.

Face à l’intensification des vagues de chaleur et des îlots de chaleur urbains, les villes doivent adapter leurs aménagements. Vizea propose un diagnostic thermique de terrain avant et après projet, combinant mesures par caméras thermiques et capteurs fixes, pour quantifier concrètement l’efficacité des aménagements et guider des choix urbains plus résilients.

Les phénomènes de chaleur en ville

En milieu urbain, deux phénomènes de chaleur occurrent principalement : la surchauffe urbaine diurne et l’effet d’îlot de chaleur urbain nocturne.
La surchauffe urbaine se manifeste en journée sous l’effet de l’absorption intense du rayonnement solaire par les surfaces minérales majoritaires en ville, telles que les chaussées, les trottoirs et les façades. Ces matériaux, caractérisés par un albédo généralement faible (notamment le bitume), absorbent une grande part du rayonnement incident et présentent une forte capacité de stockage thermique. Ce phénomène est renforcé par l’imperméabilisation des sols, la faible couverture végétale limitant l’évapotranspiration, la rareté des surfaces en eau et les apports de chaleur d’origine anthropique.

L’effet d’îlot de chaleur urbain correspond quant à lui à la persistance de températures élevées durant la nuit par rapport au milieu rural, résultant de la restitution progressive de la chaleur emmagasinée par les matériaux urbains au cours de la journée. Il est accentué par la densité et la morphologie du bâti, qui limitent la ventilation et le rafraîchissement nocturne, ainsi que par la continuité des émissions de chaleur liées aux usages urbains.

En plus d’être une gêne pour les habitants lors des fortes chaleurs estivales, il devient un risque à anticiper auquel la ville doit s’adapter, c’est-à-dire la combinaison entre un aléa (canicule) et un enjeu (santé des populations) tout en prenant en compte sa probabilité d’occurrence (récurrence en saison estivale).

Des scénarii climatiques futurs, des phénomènes de chaleur accrus

La TRACC (Trajectoire de Réchauffement de Référence pour l’Adaptation au Changement Climatique), un référentiel national élaboré par Météo France et le Ministère de la Transition Ecologique, fournit des projections climatiques fiables à l’échelle de la France métropolitaine pour guider les politiques d’adaptation et la planification territoriale face au réchauffement climatique dans son rapport de consultation publique publié fin 2023 :

• Une poursuite marquée du réchauffement thermique, avec une hausse moyenne des températures en France métropolitaine par rapport à la période 1900-1930, dans le scénario tendanciel retenu pour l’adaptation.
• Une augmentation du nombre de jours de fortes vagues de chaleur : par rapport à la période de référence 1976-2005, le nombre annuel de jours où la température maximale dépasse 35 °C est projeté d’augmenter fortement.
• Des précipitations annuelles globalement stables, mais avec une redistribution saisonnière : la TRACC projette une légère augmentation des cumuls annuels mais une baisse des précipitations estivales par rapport à 1976-2005, reflétant des contrastes saisonniers plus marqués.
• Des conditions atmosphériques contribuant à l’aggravation des phénomènes de surchauffe urbaine et d’îlot de chaleur urbain, notamment la fréquence accrue de situations anticycloniques et de vents faibles, limitant la dispersion de la chaleur et rendant les vagues de chaleur plus persistantes et difficiles à supporter, en particulier en milieu urbain.

En conséquence, les impacts négatifs associés aux vagues de chaleur et aux événements climatiques extrêmes sont appelés à s’intensifier à l’échelle nationale, avec des effets marqués sur les populations et les territoires : augmentation des risques sanitaires et de la surmortalité, baisse de la productivité, tensions accrues sur les ressources en eau et en énergie, saturation des équipements, ou encore vulnérabilité renforcée des espaces urbains.

Evaluation de l’atténuation de la chaleur urbaine grâce aux aménagements urbains

Afin d’évaluer la contribution des aménagements à l’atténuation des phénomènes de chaleur en ville, Vizea accompagne les maîtrises d’ouvrage dans l’optimisation bioclimatique des projets urbains. Pour ce faire, des campagnes de mesures de température avant et après projet sont mises en place. Deux types de mesures sont réalisables :

1) Les mesures de température à un instant donné par caméra thermique

Les caméras thermiques offrent une visualisation du comportement thermique d’éléments urbains à un instant t en mesurant leur température de surface. Ces données permettent d’appréhender les facteurs influençant la température de surface des éléments urbains, et ainsi de tirer des conclusions quant aux matériaux, à l’orientation, aux couleurs, aux types de mise en scène de l’eau, au type de végétation ou encore aux types d’aménagement favorables au confort bioclimatique des espaces extérieurs urbains.
Ces données sont collectées par des mesures directement sur le terrain. En considérant les évolutions du climat en faveur de phénomènes de chaleur accrus, une journée caniculaire est privilégiée pour les prises de vue.
Les conclusions tirées de cette campagne de mesure permettent d’orienter les choix d’aménagement en faveur de villes plus résilientes face aux canicules.

Photo 1 ICU

 Visualisation par caméra thermique des températures sur l’espace public - Vizea

2) Caractérisation du comportement thermique d’un site avec des capteurs thermiques fixes

Dans le but d’appréhender le comportement thermique de site défini, des capteurs thermiques fixes sont placés durant toute la période estivale à des emplacements judicieusement choisis avec les maitrises d’ouvrage, tels que des espaces extérieurs requalifiés à forte affluence, ou encore des espaces voués à accueillir des aménagements de type « îlot de fraicheur ». Ces capteurs effectuent des mesures de température et d’hygrométrie à pas de temps rapproché afin d’évaluer de manière continue les conditions bioclimatiques réelles. L’analyse croisée des données sur plusieurs plages horaires, notamment diurne et nocturne, permet de caractériser de manière fine le comportement d’un site face aux phénomènes de surchauffe et d’îlot de chaleur urbains sur une période caniculaire judicieusement sélectionnée. Les données sont systématiquement confrontées à des références, tel qu’un point frais non soumis aux aménagements dans un parc densément planté, ou les données d’une station météo France sur la période étudiée.

Photo 2 ICU web optimisee

Pose de capteurs fixes sur le territoire de l’Etablissement Public Territorial Est Ensemble (93) – Vizea

Ces campagnes de mesure sont conduites à deux reprises : une fois avant le début des travaux d’aménagement, puis une fois les travaux finis, afin de quantifier précisément la contribution du projet à la réduction des phénomènes de chaleur en ville. Les sites sont ensuite reclassés par rapport à leur comportement initial en point chaud, point intermédiaire ou point frais. Réalisés en différents points du projet, une projection cartographique de la résilience bioclimatique des aménagements est alors visualisable.

 Photo 3 ICU

Visualisation graphique des mesures des capteurs thermiques fixes sur une période caniculaire de 10 jours – Vizea

 

En prévision de l’été 2026, n’hésitez pas à nous solliciter dès maintenant pour convenir de la réalisation d’une étude d’optimisation bioclimatique à partir de mesures de terrain sur vos projets futurs !

 

Quelles influences ont nos maires sur nos villes et notre environnement ?

À l’approche des élections municipales de 2026, les enjeux environnementaux occupent une place croissante dans le débat public. Longtemps perçues comme des scrutins de proximité cantonnés à la gestion quotidienne, les élections locales sont désormais reconnues comme un levier majeur de la lutte contre le changement climatique. En France, les communes et intercommunalités concentrent une part importante des décisions qui influencent directement les émissions de gaz à effet de serre, qu’il s’agisse de l’aménagement urbain, des politiques de mobilité, de la gestion des bâtiments ou de la production d’énergie. Le maire, en tant que chef de l’exécutif municipal, se situe au cœur de cette transformation.

Regardons plus précisément sur certaines thématiques comment nous pouvons établir ces influences.

Le maire et la décarbonation des bâtiments : un levier climatique majeur

Le secteur du bâtiment représente l’un des principaux postes d’émissions de gaz à effet de serre à l’échelle locale, en raison des besoins de chauffage, de climatisation et de l’ancienneté d’une grande partie du parc immobilier. Le maire dispose d’un pouvoir déterminant pour orienter la trajectoire de décarbonation des bâtiments, à commencer par le patrimoine communal. Les choix d’investissement réalisés durant un mandat (rénovation thermique des écoles, des équipements sportifs ou des bâtiments administratifs par exemple) ont des effets durables sur les consommations énergétiques et les émissions associées, souvent sur plusieurs décennies.

Au-delà du parc public, les décisions municipales influencent également la rénovation des logements privés. Par le biais des politiques d’urbanisme, des dispositifs d’accompagnement des ménages et de l’animation territoriale, les communes peuvent accélérer ou freiner la transition énergétique du parc résidentiel. Le maire joue aussi un rôle de facilitateur entre les acteurs locaux (bailleurs sociaux, copropriétés, artisans) et les dispositifs nationaux ou régionaux de financement. À l’échelle d’une ville, une stratégie ambitieuse de rénovation énergétique permet de réduire structurellement les émissions de GES tout en améliorant le confort des habitants et en luttant contre la précarité énergétique.

Un autre exemple d’influence est concrètement le choix et la préférence des maires pour certains projets de construction ou de rénovation de bâtiments. S’ils ne participent pas directement au dessin architectural des projets, les maires ont leur mot à dire sur les permis de construire déposés et ont clairement le pouvoir d’influencer un projet. Une des situations rencontrées à de multiples reprises au sein des missions de Vizea est de constater qu’un maire valide un projet sur le presque seul aspect esthétique d’un bâtiment, quand les projets concurrents auront une meilleure réponse environnementale. L’ensemble des critères ne sont pas tous jugé et la beauté relative d’une façade peut facilement l’emporter.

Mobilité et mobilités actives : des décisions locales aux impacts immédiats

Le secteur des transports constitue l’un des premiers postes d’émissions de GES en milieu urbain. Dans ce domaine, les décisions municipales ont un impact particulièrement visible et rapide. Le maire dispose de leviers puissants pour orienter les pratiques de mobilité, notamment à travers l’aménagement de l’espace public. Le développement des mobilités actives, comme la marche et le vélo, dépend largement de la volonté politique locale de redistribuer l’espace urbain, de sécuriser les déplacements et de rendre ces alternatives attractives face à la voiture individuelle.

Les politiques de mobilité portées par les municipalités influencent également l’usage des transports en commun et la place de la voiture en ville. Les choix en matière de stationnement, de limitation de vitesse, de zones à faibles émissions ou de soutien aux transports collectifs façonnent les comportements quotidiens des habitants. À l’échelle d’un mandat, ces décisions peuvent entraîner une baisse significative des émissions liées aux déplacements, tout en améliorant la qualité de l’air et le cadre de vie. Les élections municipales de 2026 détermineront ainsi si les villes poursuivent ou non la transformation engagée ces dernières années vers des mobilités moins carbonées.

Déchets et économie circulaire : un enjeu climatique souvent sous-estimé

La gestion des déchets relève directement des compétences locales et constitue un levier important de réduction des émissions de gaz à effet de serre, notamment à travers la limitation des déchets enfouis et la valorisation des matières. Les choix opérés par les maires en matière de collecte, de tri et de traitement influencent les émissions de méthane issues des décharges, ainsi que les émissions indirectes liées à la production de biens neufs.

En favorisant le tri à la source des biodéchets, le compostage et le développement des filières de réemploi, les municipalités contribuent à une logique d’économie circulaire qui réduit la pression sur les ressources naturelles et l’empreinte carbone des territoires. Les politiques d’achats publics responsables, également décidées au niveau local, peuvent amplifier cet effet en orientant la demande vers des produits durables et sobres en carbone. Là encore, l’orientation donnée par les équipes municipales élues en 2026 aura des conséquences durables sur les flux de matières et les émissions associées.

Énergie : vers une production locale et décarbonée sous impulsion municipale

Les communes jouent un rôle croissant dans la transition énergétique, notamment par la gestion de leurs propres consommations et par le soutien au développement des énergies renouvelables locales. Le maire peut impulser le développement de projets photovoltaïques, de réseaux de chaleur ou de solutions de production d’énergie décarbonée en mobilisant le foncier communal et en facilitant les partenariats avec des acteurs publics ou citoyens.

La maîtrise de l’énergie passe également par l’optimisation des usages, notamment à travers la modernisation de l’éclairage public ou la gestion intelligente des bâtiments municipaux et bien sûr leur rénovation). Ces actions, parfois perçues comme techniques, ont pourtant un impact direct sur les émissions locales de gaz à effet de serre. En orientant les investissements vers des dispositions sobres et renouvelables, les maires élus en 2026 pourront réduire durablement la dépendance des villes aux énergies fossiles.

Nature en ville, adaptation et co-bénéfices climatiques

Enfin, les politiques environnementales municipales ne se limitent pas à la réduction directe des émissions. Le développement de la nature en ville, la renaturation des espaces urbains et l’adaptation au changement climatique constituent des axes complémentaires portés par les maires. En favorisant les espaces verts, les sols perméables et l’agriculture urbaine, les communes améliorent la résilience des territoires face aux vagues de chaleur et aux événements climatiques extrêmes, tout en contribuant indirectement au stockage du carbone et à la sobriété énergétique.

Le rôle central du maire dans la stratégie globale de décarbonation des villes

La décarbonation d’un territoire ne se limite pas à une juxtaposition de projets sectoriels. Elle repose sur une vision stratégique, généralement formalisée dans des documents de planification climatique comme les Plans Climat-Air-Énergie Territoriaux, souvent pilotés à l’échelle intercommunale mais fortement influencés par les orientations des maires. Le maire contribue à définir les priorités, les objectifs de réduction des émissions et les arbitrages budgétaires qui traduisent les engagements climatiques en actions concrètes.
À travers ses compétences en matière d’urbanisme, d’aménagement et de développement économique, le maire façonne la structure même de la ville. La densité urbaine, la localisation des activités, la place accordée aux espaces naturels ou aux zones commerciales périphériques ont des conséquences directes sur les déplacements, les consommations d’énergie et l’artificialisation des sols. Les choix opérés lors d’un mandat municipal peuvent ainsi inscrire une ville sur une trajectoire compatible avec les objectifs climatiques nationaux ou, au contraire, renforcer des modèles urbains fortement émetteurs de gaz à effet de serre.

Les élections municipales de 2026 constituent un moment charnière pour l’avenir climatique de nos villes. Derrière des choix apparemment locaux se dessinent des trajectoires de long terme en matière d’émissions de gaz à effet de serre, de qualité de vie et de résilience écologique. Le maire, par ses compétences transversales et sa capacité à orienter l’action publique locale, s’impose comme un acteur central de la transition écologique. A ce titre, le débat électoral de 2026 devra pleinement intégrer les enjeux climatiques, tant ils conditionnent l’avenir des territoires et de leurs habitants.

Jules Drique a pris la tête de l’agence Vizea à Nantes avec une double conviction : l’envie personnelle de s’ancrer dans un territoire qu’il aime, et la certitude que le Grand Ouest est un laboratoire majeur de la transition écologique.
Portée par le principe de “collopement” de Vizea – qui encourage l’initiative et la prise de responsabilités des collaborateurs – l’ouverture de cette agence s’inscrit dans une dynamique forte : accompagner de près les collectivités, aménageurs et acteurs privés face aux défis du réchauffement climatique, de la ressource en eau, de la biodiversité et de l’aménagement sobre.
Dans cette interview, il revient sur son rôle de directeur d’agence, les enjeux environnementaux et urbains du territoire nantais, la manière dont Vizea Grand-Ouest se distingue dans ses missions, et la vision qu’il porte pour les prochaines années… jusqu’à un souhait “magique” pour la Loire et son bassin versant.

Jules_Drique.png

 

1 - Qu’est-ce qui t’a motivé à créer et développer l’agence Vizea à Nantes ?

L’agence de Nantes de Vizea est née de mon envie personnelle de m’installer dans cette ville et de la confiance que m’ont accordé les associés historiques Jean-François et François-Xavier en application du concept interne de "Collopement" qui amène notre société à soutenir le développement personnel de ses salariés, en favorisant leur prise de responsabilités.
Au-delà de cette dynamique personnelle et de confiance, j’avais la conviction que Nantes et le Grand Ouest était un territoire où Vizea pouvait avoir un impact fort et que les collectivités et les acteurs portent de vraies ambitions de sobriété, de planification écologique et de résilience. Ouvrir une agence ici était l’occasion de renforcer la présence de Vizea dans le Grand Ouest et de construire une équipe pluridisciplinaire capable d’accompagner les acteurs locaux avec ambition, proximité et exigence technique.

2 - En quelques mots, quel est ton rôle aujourd'hui et quelle dynamique souhaites-tu impulser au sein du Grand Ouest ?

En tant que directeur de l’agence de Nantes, j’occupe un rôle à la fois stratégique et opérationnel. Il combine plusieurs responsabilités :

  • La direction de projets, sur des opérations urbaines, territoriales et immobilières structurantes;
  • Le management de l’équipe, pour accompagner chacun dans sa montée en compétences et dans l’évolution de nos métiers;
  • La stratégie de développement, pour structurer nos expertises et anticiper les besoins du territoire;
  • L’animation commerciale, aux côtés de nos clients et partenaires, pour construire des collaborations durables et portées par le sens.

Dans le Grand Ouest, je souhaite impulser une dynamique de présence renforcée auprès des acteurs publics et privés, avec l’ambition de devenir un interlocuteur incontournable sur les sujets de transition écologique, que ce soit à l’échelle du bâtiment, des opérations d’aménagement ou de la planification territoriale.

Mon objectif est aussi de continuer à structurer nos métiers – l'approche multi-échelle bas carbone, l'énergie, la, résilience climatique, l'écologie urbaine, pour maintenir un haut niveau d’expertise.
Je veux également consolider une dynamique collective forte : une agence où chacun progresse, se sent légitime, prend des responsabilités et trouve sa place dans un projet commun.

3- Quels sont selon toi, les enjeux environnementaux et urbains majeurs du territoire nantais et du Grand Ouest ?

Sur le territoire nantais et plus largement dans le Grand Ouest, les enjeux sont très clairs : réchauffement accéléré, pression sur la ressource en eau et artificialisation encore trop forte.
Les travaux du GIEC des Pays de la Loire montrent déjà une hausse de +1,5 °C, des vagues de chaleur plus fréquentes et une situation hydrique très dégradée, avec seulement 11 % des masses d’eau en bon état et un risque important d’étiages sévères dans les prochaines décennies
À cela s’ajoutent la fragilité de la biodiversité locale, le recul des zones humides, et une forte exposition du littoral aux submersions et à l’érosion.
Dans un territoire aussi dynamique que le nôtre, le défi consiste à concilier attractivité, sobriété et résilience, en repensant nos manières d’aménager, de construire et d’accompagner les acteurs publics et privés dans la transition.

Ces constats, Vizea les vit de manière très opérationnelle. Nous avons accompagné Nantes Métropole sur des démarches structurantes — l’évaluation à mi-parcours du Plan Local de l’Habitat (PLH), l’expertise pour faire évoluer le PLUi vers plus de densité maîtrisée et plus de nature en ville — mais aussi Rennes Métropole, notamment sur son PLH et sur l’application de son référentiel d’aménagement énergie & bas carbone.
Ces missions nous donnent une lecture fine des leviers concrets de la transition territoriale, et des arbitrages à mener pour transformer durablement les pratiques d’aménagement.
L’enjeu, aujourd’hui, c’est de permettre aux territoires de concilier attractivité, sobriété et résilience, et de faire en sorte que ces ambitions environnementales deviennent des actions concrètes à toutes les échelles.

4- Comment l'agence Vizea Grand Ouest se distingue-t-elle dans sa manière d'accompagner les acteurs locaux ?

Ce qui distingue l’agence Vizea Grand Ouest, c’est d’abord notre capacité à combiner vision stratégique et opérationnalité. Nous accompagnons aussi bien les collectivités dans leurs documents structurants — PCAET, SCOT, PLUi, PLH, référentiels d’aménagement — que les aménageurs et promoteurs dans le développement de leurs opérations.
Ensuite, nous sommes ancrés dans le territoire : les missions que nous avons menées autour de Nantes comme de Rennes nous donnent une connaissance fine des acteurs, des enjeux locaux, et des dynamiques propres au Grand Ouest.

Enfin, notre approche est résolument pluridisciplinaire et coopérative. On croise urbanisme durable, énergie, bas carbone, biodiversité, confort, eau, paysage… et on avance toujours en co-construction avec les acteurs locaux. Notre objectif est simple: transformer la transition écologique en solutions concrètes, adaptées au territoire et à ses projets.

5- Comment imagines-tu l'évolution de l'agence dans les prochaines années ?

J’imagine l’évolution de l’agence en plusieurs temps.
Les années 2026 et 2027 seront marquées par plusieurs échéances électorales, à l’échelle municipale comme nationale. Comme à chaque cycle politique, cela crée une période d’incertitude et de recalage des priorités, avec des pauses dans certains projets puis des ré-impulsions selon les nouvelles orientations. L’agence se prépare surtout à être adaptable, à l’écoute et capable d’accompagner les collectivités quel que soit le contexte.

Au-delà de ce moment de transition, l’agence a vocation à renforcer sa présence auprès des acteurs du territoire. Nous souhaitons monter en puissance sur les enjeux émergents : l’intégration de la santé dans l’aménagement, la vulnérabilité climatique, et la neutralité carbone. Ce sont des piliers qui vont structurer les politiques publiques dans les prochaines années.
Nous allons également continuer à développer notre maîtrise d’œuvre environnementale, du quartier au bâtiment, pour transformer les ambitions environnementales en solutions concrètes : hydrologie, biodiversité, bas carbone, confort d’été.

Enfin, je souhaite que l’agence poursuive son évolution en tant qu’acteur de référence du Grand Ouest sur l’accompagnement de la transition écologique. Nous avons déjà posé des bases solides avec Nantes et Rennes, et notre objectif est de continuer à structurer cette position, avec une équipe pluridisciplinaire, innovante et ancrée localement.

6- Si tu pouvais transformer un lieu du Grand-Ouest demain matin, comme par magie, lequel tu choisirais ?

Si je pouvais transformer un lieu du Grand Ouest demain matin, ce serait le fleuve de la Loire pour lui offrir une reconnaissance institutionnelle et symbolique forte : faire en sorte qu’il soit considéré comme “personne juridique” — c’est-à-dire doté de droits.
L’idée peut sembler un peu utopique, mais elle a le mérite d’ouvrir un autre regard sur ce que représente la Loire : un être vivant, porteur d’une histoire, d’écosystèmes fragiles, d’une biodiversité remarquable, d’un corridor naturel, d’un patrimoine naturel et culturel, plus qu’une simple “ressource”. Elle s’inspire des démarches déjà initiées pour d’autres fleuves dans le monde et de réflexions qui émergent en France. Il s’agit de donner à la Loire le droit d’exister, de vivre, de se régénérer, de voir respectées ses dynamiques naturelles et son bassin versant, de défendre ses intérêts dans la durée.

Si demain la Loire avait des droits - le droit au maintien de la biodiversité, le droit à la continuité écologique, le droit d’être défendue - on serait amenés à repenser nos usages du fleuve : la gestion des eaux, les activités qui l’impactent, les projets situés dans son bassin versant… car toute atteinte avérée à son intégrité pourrait être contestée ou sanctionnée, comme si la Loire pouvait être représentée et défendre ses intérêts
Alors oui, si j’avais un vœu “magique” demain matin : offrir à la Loire la parole, la protection, la reconnaissance. Et faire de son bassin versant un territoire vivant, respecté, et capable de traverser les décennies en préservant ses milieux, ses paysages, sa biodiversité — pour les habitants, pour les générations futures, et pour le vivant tout entier.

Quand la nuit ne rafraîchit plus

Le 12 août dernier, en Ile de France, nos capteurs vizéens ont enregistré deux réalités très différentes à seulement trois kilomètres d’écart.
• En cœur de ville : 42 °C à 17 h, et une température qui n’est jamais descendue en dessous de 23 °C la nuit suivante.
• Dans un parc voisin : 28,5 °C au maximum, puis un retour sous 20 °C dès 1 h 30 du matin.

Un écart de 14 °C entre jour et nuit impressionne mais c'est surtout l'impact sur les températures nocturne qui illustre la force du phénomène d’îlot de chaleur urbain (ICU).

Documenté depuis les années 1960, il s’impose comme l’un des symboles les plus tangibles des impacts du changement climatique sur la vie quotidienne.

Un même phénomène, plusieurs réalités

Derrière cet ICU se cachent des enjeux multiples :

  • Pour le climatologue, un déséquilibre structurel : la ville accumule la chaleur au lieu de la dissiper.
  • Pour l’élu, un défi politique : protéger les habitants des vagues de chaleur, plus fréquentes et plus longues.
  • Pour l’habitant, une expérience vécue dans sa chair : un logement étouffant, une cour d’école à 50 °C, une place écrasée de soleil.
  • Pour l’urbaniste ou l’ingénieur, un signal d’alarme : la ville telle qu’elle est conçue devient vulnérable, parfois invivable.

Comment fonctionne un îlot de chaleur urbain ?

Le mécanisme est connu et cumule plusieurs facteurs :

  • Matériaux urbains (béton, bitume, briques) : forts absorbeurs de chaleur le jour, ils la restituent la nuit.
  • Perte de végétation : moins d’évapotranspiration, donc moins de rafraîchissement naturel.
  • Morphologie urbaine : densité, effet “canyon” des rues qui piège l’air chaud et empêche la ventilation.
  • Rejets anthropiques : climatiseurs, moteurs, éclairages, qui ajoutent de la chaleur et des gaz à effet de serre.

Résultat : en moyenne 2 à 4 °C de plus en ville que dans les zones périurbaines, et jusqu’à 8 à 10 °C lors des canicules [Météo-France, 2020]. L’ICU est le produit d’un urbanisme centré sur la minéralité, la densité et la voiture.

La France face à la chaleur urbaine

Les vagues de chaleur sont devenues l’un des premiers risques climatiques.

  • Été 2003 : près de 15 000 décès excédentaires [INSERM, 2004].
  • Depuis, le nombre moyen de vagues de chaleur a triplé [Météo-France, 2022].
  • En 2019, Paris a battu son record avec 42,6 °C.

Les cartes de l’INSEE et du CEREMA montrent que les quartiers les plus denses et défavorisés sont les plus exposés. À Marseille, Lyon, Toulouse, Lille, ou dans des villes moyennes, le constat est identique : les espaces publics deviennent des fournaises, accentuant les inégalités sociales et sanitaires.

Une question de santé publique

L’ICU n’est pas seulement un inconfort, c’est un enjeu vital :

  • Les nuits chaudes empêchent le corps de récupérer, aggravent les risques cardiovasculaires et respiratoires.
  • Les populations vulnérables (personnes âgées, enfants, travailleurs en extérieur) sont les premières touchées.
  • Même les hôpitaux, souvent en centre-ville, subissent la surchauffe qui accroît la charge des urgences.

En 2022, environ 2 800 décès supplémentaires ont été attribués aux vagues de chaleur [Santé Publique France, 2023]. L’ICU agit comme un multiplicateur de ce risque.

Le cercle vicieux de la climatisation

Face à la chaleur, la réponse réflexe est la climatisation. Mais cette solution renforce le problème :

  • rejet de chaleur à l’extérieur, aggravant localement l’ICU,
  • consommation d’énergie qui accroît les émissions de CO₂.

Un engrenage : plus il fait chaud, plus on climatise, plus la ville chauffe.

Mesurer pour agir

On ne gère que ce que l’on mesure. Des campagnes locales avec capteurs de température et d’humidité permettent de cartographier finement la chaleur. Rennes, Paris ou Lyon s’y sont déjà engagées. Ces données servent à cibler la végétalisation, tester des revêtements clairs, ou évaluer l’effet de l’eau en ville.

La modélisation numérique complète ces observations. Elle permet de comparer différents scénarios d’aménagement et d’anticiper leurs impacts microclimatiques. Sans ces outils, les politiques de rafraîchissement risquent de rester cosmétiques.

Les leviers d’action

L’ICU n’est pas une fatalité. Il résulte de choix urbains, et peut être combattu par d’autres choix :

  • Végétaliser massivement : un arbre mature évapore jusqu’à 450 litres d’eau par jour, équivalent à un climatiseur de 5 kW [FAO].
  • Désimperméabiliser : à Lille, la transformation des cours d’école a fait baisser la température ressentie de 4 à 5 °C [CEREMA, 2021].
  • Changer les matériaux : des revêtements clairs réduisent de 10 à 15 °C la température de surface par rapport à l’asphalte sombre [ADEME, 2017].
  • Ramener l’eau en ville : bassins, noues, fontaines et brumisateurs créent des microclimats rafraîchissants.
  • Réinventer les espaces délaissés : parkings, toits plats transformés en jardins ou refuges de fraîcheur.
  • Repenser l’urbanisme : ouvrir les rues aux vents, limiter les canyons thermiques, diversifier les formes bâties.

Un enjeu politique majeur

L’ICU révèle nos choix passés : des villes conçues pour la densité, la voiture, le rendement foncier. Mais il ouvre aussi une possibilité : repenser la ville comme un espace de fraîcheur partagée.

Chaque arbre planté, chaque cour désasphaltée, chaque sol rendu perméable est une victoire. Mais seule une stratégie globale, inscrite dans la durée, transformera réellement nos villes.

Sans action, elles deviendront des pièges thermiques. Avec courage et imagination, elles peuvent devenir des refuges de résilience.

Retour au 12 août

L’écart de 14 °C mesuré en Ile de France entre une rue minérale et un parc voisin n’est pas une anecdote locale : c’est le reflet d’une ville à deux vitesses. Une ville qui chauffe et retient la chaleur, et une autre, plus végétalisée, qui respire encore.

La question n’est pas scientifique mais politique : quel modèle voulons-nous pour l’avenir ?
La réponse se mesure parfois simplement : dis-moi comment ta ville respire la nuit, je te dirai si elle a un avenir.

 

Nous le savons, les prochaines années sont charnières pour inscrire les secteurs du bâtiment, des transports et de l’aménagement dans une dynamique de décarbonation massive, en vue d’atteindre les objectifs fixés par la stratégie nationale bas carbone (SNBC) à l’échelle française, qui vise la neutralité carbone de la France en 2050.
Si de plus en plus de réglementations régissent le bâtiment et sa performance environnementale, l’échelle de l’aménagement est encore peu regardée sous l’angle des émissions de gaz à effet de serre, pour concrètement passer un cap vers la décarbonation.
Des méthodologies d’évaluation existent pourtant à l’échelle des opérations d’aménagement et de renouvellement urbain, pour réaliser des études dites « BEGES Quartier ».

Qu’est-ce qu’un BEGES Quartier ?

Le bilan de gaz à effet de serre d’une opération d’aménagement est une évaluation de l’ensemble des émissions de GES de l’entité étudiée, sur une durée de vie fixée (usuellement de 50 ans). Ces émissions sont quantifiées par poste, c’est-à-dire qu’elles sont caractérisées selon leur origine. Les postes analysés sont les suivants :


Phase chantier :
-  Energie : énergie consommée par les usages des chantiers (engins, base vie…)
-  Matériaux : matériaux mis en œuvre pour les travaux portant sur les bâtiments et les espaces publics
-  Changement d’usage des sols : flux carbone induits par la libération et la séquestration de carbone dans les sols et la végétation
-  Transport : transport des terres et des déchets depuis le chantier vers leurs exutoires.


Phase exploitation :
-  Energie : énergie consommée par les bâtiments et les espaces extérieurs
-  Mobilité : ensemble des déplacements des usagers du quartiers pendant toute la phase de vie du quartier
-  Déchets : ensemble des déchets générés et traités
-  Eau : consommation d’eau des bâtiments et des espaces extérieurs

Est-ce réglementaire ?

A l’heure actuelle, la réalisation d’un bilan de GES d’une opération d’aménagement est obligatoire dans le cadre d’une étude environnementale d’impact. Cette évaluation porte sur la caractérisation des émissions de l’existant, c’est-à-dire du scénario sans opération d’aménagement, et des émissions du scénario projet. Ces deux scénarios sont ensuite comparés pour identifier l’impact réel du projet par rapport à ce qui existe déjà.

À la suite de la réalisation du bilan, des mesures E-R-C (Eviter, Réduire et Compenser) doivent être définies pour le projet et suivies dans le temps. Ces mesures ont pour objectifs de réduire les émissions de GES mais ne constituent pas réellement une remise en question profonde du projet et des grandes orientations qui peuvent réduire drastiquement les émissions. D’autant plus que pour la majorité des opérations, le bilan de GES est réalisé une fois que le projet urbain est dessiné et validé, c’est-à-dire une fois que les orientations de conception les plus impactantes ne peuvent plus vraiment être modifiées.

Le moment auquel le BEGES est réalisé est donc crucial pour réellement engager une conception vertueuse et bas carbone des aménagements, de manière à intervenir avant que les décisions de programmation et de conception des espaces ne soient tranchées. La collaboration avec toutes les parties prenantes est également importante pour prendre en compte les contraintes de chacun et envisager le plus tôt possible des modifications.

Ordres de grandeur de l’acte d’aménager

Alors pour anticiper ces études qui sont parfois tardives, il est déjà nécessaire de connaitre les ordres de grandeur de l’aménagement, c’est-à-dire d’où viennent majoritairement les émissions. Pour cela, nous capitalisons chez Vizea les données qualitatives et quantitatives des études que nous menons sur les différentes opérations d’aménagement pour en tirer des tendances et des indicateurs évocateurs de manière à mieux accompagner les opérations suivantes, et ce, dès les premiers coups de crayons.

Car même si chaque opération d’aménagement ou de renouvellement urbain est unique de part sa programmation, sa localisation ou l’imbrication de l’ensemble des contraintes et ambitions environnementales, les postes les plus émetteurs et les éléments techniques ou programmatiques qui sont responsables des émissions sont très souvent les mêmes. Les deux premiers chiffres à avoir en tête sont ceux de la répartition des émissions pour les phases chantier et exploitation. Cela laisse donc penser qu’il va falloir accélérer les efforts que nous mettons dans la décarbonation de l’exploitation de nos bâtiments et des espaces publics, et particulièrement sur le volet énergétique.

phase_exploitation_chantier.png

Figure 1 : Répartition moyenne des émissions entre la phase chantier et la phase exploitation

Si l’on regarde la phase d’exploitation de manière un peu plus précise, la répartition des émissions est la suivante :

répartion_des_emissions.png

Figure 2 : Répartition moyenne des émissions pour la phase exploitation

répartion_moyenne_des_emissions_pour_la_phase_chantier.png

Figure 3 : Répartition moyenne des émissions pour la phase chantier

Alors il s’agit ici de moyennes, réalisés à l’échelle de 30 opérations d’aménagement. Si elles possèdent toutes des caractéristiques qui leur sont propre et qui peuvent parfois remettre en question ces répartitions d’émissions, les leviers de décarbonation restent les mêmes.

Quels leviers actionner ?

  • Repenser les usages des quartiers
    • Permettre aux usagers de disposer de l’ensemble des services au sein d’un même quartier
    • Assurer une mixité des usages au sein des bâtiments
    • Anticiper la réversibilité des bâtiments à long terme
  • Être mieux mobiles au quotidien
    • Anticiper les futurs besoins de déplacements des usagers
    • Connecter le quartier aux transports en commun
    • Concevoir un système vélo global et performant
  • Renouveler le bâti et l’urbanité existante
    • Prioriser la rénovation globale et bas carbone des bâtiments
    • Intégrer l’opération dans une stratégie globale de réemploi et d’économie circulaire
  • Accélérer la sobriété énergétique
    • Développer les énergies renouvelables mais surtout réduire les émissions de GES à la source
    • Permettre un foisonnement des besoins énergétiques au sein des différents bâtiments

Quel lien avec l’empreinte des Français ?

L’empreinte carbone d’un français et est donc étroitement lié avec la qualité de service, d’usage mis à sa disposition.

Qu’il s’agisse de l’ensemble des services offerts à l’usager (commerce, école, établissements publics) à proximité, ce seront d’autant de possibilité de vivre au quotidien en limitant ses déplacements et par conséquent la place de la voiture en tant de mode de déplacement.

Depuis 2021, la loi Climat instaure la réalisation une étude sur l’optimisation de la densité des constructions pour les opérations soumises à évaluation environnementale dans le cadre de l’étude d’impact relative au projet.

L’article L300-1-1 du Code de l’urbanisme indique que « Toute action ou opération d'aménagement soumise à évaluation environnementale en application de l'article L. 122-1 du code de l'environnement doit faire l’objet : « D'une étude d'optimisation de la densité des constructions dans la zone concernée, en tenant compte de la qualité urbaine ainsi que de la préservation et de la restauration de la biodiversité et de la nature en ville. »

En quoi consiste cette étude de densité ?

L’étude de densité accompagne les projets d’aménagements dans une perspective de sobriété foncière. Elle participe à la recherche d’optimisation des espaces à urbaniser en intégrant conciliation et équilibre entre le choix d’un espace urbain qualitatif et le maintien du maillage écologique existant.

Pour cela, l’étude de Vizea s’appuie sur différentes mesures clés :

  • L’évaluation de l’artificialisation des sols
  • L’évaluation de la densité d’habitat
  • L’évaluation de la densité humaine
  • L’évaluation de la qualité urbaine et de la biodiversité

Vizea accompagne ensuite les porteurs de projets dans la recherche de solutions avec l’élaboration de mesure ERC (Eviter, Réduire et Compenser).

Sur quels périmètres est réalisée l’étude ?

Elle porte sur 2 périmètres :

  • Le périmètre de l’opération (ZAC)
  • Le périmètre élargi, correspondant à l’échelle communale ou dans des cas particuliers, à l’échelle infra-communale.

Processus de Vizea

Dans un premier temps, VIZEA pose le contexte du projet et les ambitions nationales et analyse le contexte réglementaire général avec l’appui des documents cadres dans lesquels s’inscrit l’étude de densité.

L’évaluation de l’artificialisation ?

Cette mesure de l’artificialisation repose sur l’identification de l’artificialisation des sols entre l’année de référence 2013 et aujourd’hui. Pour définir si un espace est artificialisé ou non, nous nous basons sur la définition du décret n° 2023-1096 du 27 novembre 2023 relatif à l’évaluation et au suivi de l’artificialisation des sols que le tableau ci-dessous illustre :

densité

Exemple : Si une surface en herbe, inférieure ou supérieure à 2 500 m² est située sur un espace de friche ou de délaissé, le périmètre est classé comme artificialisé. En revanche, si cet espace est boisé sur 25 % de sa surface a minima, alors le périmètre est classé comme boisé et donc non-artificialisé. => possible de le mettre sous forme de « test » ludique.

Nous appliquons cette méthodologie à l’échelle du périmètre élargi pour comprendre le contexte global, pour pouvoir comparer les résultats à l’échelle du périmètre projet et ainsi analyser plus précisément les propositions du projet.

La mesure de l’artificialisation des sols prend la forme d’un % d’artificialisation ou de désartificialisation aux différents stades et différentes échelles. Vizea évalue ensuite si le projet participe ou non à limiter ou même à réduire l’artificialisation des sols.

L’évaluation de la densité : d’habitat et humaine ?

La réflexion est principalement portée à l’échelle du périmètre élargi. Comme précisé précédemment, le choix du périmètre élargi dépend de la localisation du projet, l’échelle peut être communale ou infra-communale.

Pour l’évaluation de la densité d’habitat, notre évaluation repose sur l’identification des espaces d’habitat en 2013 à l’échelle élargie et sur l’évolution du nombre de logements.

Pour la densité humaine, elle repose sur l’identification de la superficie d’espaces urbanisés au sens strict ainsi que sur le nombre d’habitants et d’emplois.

Nous modélisons ensuite les objectifs visés par les documents cadres à partir des densités d’habitat et humaine moyennes en 2013 à l’échelle du périmètre élargi et du périmètre de l’opération (si données disponibles).

Enfin, nous calculons les densités d’habitat et humaine futures avec l’ensemble des projet prévus d’ici à 2030 et les analysons pour définir si elles répondent ou non aux objectifs visés.

densité 2

Pour ces deux évaluations de densité, Vizea dissocie l’apport de densité du projet étudié de celui de l’ensemble des projets à l’échelle du périmètre élargi pour visualiser au mieux la contribution propre du projet à cette échelle.

Etude de la qualité urbaine et de la biodiversité ?

En parallèle des questions d’artificialisation et de densification, l’étude traite également qualitativement l’insertion du projet dans l’environnement du périmètre élargi en intégrant les notions de qualité architecturale, urbaine, paysagère et de développement de la biodiversité. Vizea analyse finement ces questions urbaines et environnementales en développant des axes de réflexions spécifiques afin de faciliter la lecture des informations gravitant autour des questions de densité bâtie.

Quelles conclusions ?

L’étude de l’évolution de l’artificialisation des sols, de la densité d’habitat et humaine permet une meilleure analyse des programmations proposées par les projets en les croisant avec les occupations actuelles des périmètres et les objectifs attendus par les documents cadres.

La réalisation de ces études permet à Vizea de faire ressortir dans certains cas le manque de densification apporté par le projet au vu de l’artificialisation des sols ou de sa faible diminution, ou à l’inverse, la sur densification et l’artificialisation accrue non nécessaires apportées par le projet devant être requestionnées par l’ensemble des acteurs.

Création : 4 avril 2024 - Écrit par Jean-Sébastien SIMON

Nouvelle démarche Ecoquartier, quartiers durables franciliens (QDF), quartiers bas carbone (BBCA), HQE aménagement durable… Plusieurs outils existent aujourd’hui pour accompagner et guider les collectivités et acteurs de l’aménagement dans la réalisation d’opérations d’aménagement durable exemplaires.

  • Quelles démarches ou certifications privilégier et pour quelles ambitions ?
  • Quelles valeurs ajoutées environnementales au bénéfice du projet ?
  • Quelles articulations et complémentarités entre les différentes démarches ?
  • Quelles en sont les limites ?

Afin d’intégrer au mieux les enjeux environnementaux et de décarbonation nous vous invitons à un webinaire le jeudi 13 juin à 11h pour échanger sur ces leviers stratégiques à l’échelle urbaine, avec les interventions de :

  • Olivia BELLANGER, directrice générale, SPL Rueil Aménagement, pour le projet d’Ecoquartier l’Arsenal ;
  • Téo GARCIA, chargé d’opérations, référent innovation urbaine, Socaren, pour le quartier durable francilien des Bas-Heurts à Noisy-le-Grand ;
  • Anaïs RIOU et Raphaëlle LAMY, expertes senior, Vizea, pour les démarches et certifications BBCA et HQE aménagement.

Le webinaire sera animé par Jean-François PAPOT, Directeur Général, Vizea.

 

LE REPLAY

 

3 raisons d’assister à notre webinaire

  • Améliorer la qualité de vos opérations jusqu’à la phase usage
  • Assurer la légitimité de vos projets et gagner en visibilité
  • Bénéficier d’accompagnement en ingénierie et intégrer des réseaux professionnels

Vous ne pouvez pas y participer ? Inscrivez-vous et nous vous enverrons le lien en replay.

Webinaire

Création : 19 avril 2024 - Écrit par Matthieu CHAMBRETTE

Les émissions de gaz à effet de serre sont aujourd’hui évaluées et maitrisées à l’échelle du bâtiment, depuis l’expérimentation E+C- qui a vu le jour en 2016 et maintenant grâce à la RE2020 applicable depuis 2022 pour certaines typologies de bâtiment (bâtiments à usage d’habitation, bureaux, enseignement, extension, bâtiments provisoires).

Les quartiers, de par les travaux d’aménagement qui sont réalisés lors de leur création ou renouvellement (travaux de voirie, aménagements d’espaces végétalisés, éclairage, nouvelles constructions ou rénovations, gestion des déchets) engendrent d’importantes quantités de gaz à effet de serre. Mais ces émissions restent peu quantifiées et lorsqu’elles le sont, elles ne sont pas transposées en un indicateur performant ou efficace permettant de prendre des décisions de conception, et par conséquent de les réduire.

A l’heure ou la réduction des émissions de CO2 est plus que nécessaire, et ce dans l’ensemble des secteurs d’activité, il n’est plus envisageable de programmer des nouvelles opérations d’aménagement urbain sans considérer les émissions, et sans les intégrer au processus de programmation de celles-ci.

Alors des démarches volontaires et des labels dits « bas carbone » voient le jour et permettent aux maitrises d’ouvrage d’inscrire leurs opérations dans une dynamique, à minima de compréhension des enjeux, sinon de prise de décision en cohérence avec un quartier bas carbone. 

Faisons un tour d’horizon de ces différentes démarches.

BC1

Figure 1 : Indicateurs du label BBCA

Via un suivi du label, du démarrage d’une opération jusqu’à la livraison des bâtiments et espaces publics, le label permet d’avancer graduellement dans la connaissance et l’évaluation des émissions de GES du quartier.

Les premières phases consistent dans la précision des performances attendues, les orientations structurantes à considérer pour y arriver. Les performances et moyens sont ensuite déclinés à l’échelle des différents documents d’urbanisme tels que le CPAUPE (cahier des clauses architecturales urbaines paysagères et environnementales), les fiches de lot, les cahiers de clause de cession de terrain, DCE, actes de vente …

Les opérateurs de quartier réaliseront par la suite les études d’analyse de cycle de vie associées à leur périmètre parcellaire de manière à vérifier l’atteinte des ambitions visées.

Le label BBCA a également la particularité de valoriser au-delà de la réduction des émissions de CO2 réalisée, les pratiques vertueuses intégrées au projet telles que les matériaux issus du réemploi mis en œuvre, le stockage carbone, la mutualisation des espaces, etc…

D’autres démarches ont aussi vu le jour, comme la démarche Quartier Energie Carbone.

Démarche Quartier Energie Carbone

La démarche Quartier Energie Carbone a été publiée et est le fruit d’un travail collaboratif entre plusieurs structures, notamment l’ADEME, le CSTB, Elioth, Certivéa et Effinergie.

Dans la même dynamique que le label BBCA Quartier, l’idée est d’évaluer selon différents indicateurs les émissions de CO2 d’un quartier et d’être en mesure de les ramener à une unité de mesure compréhensible par tous qu’est l’émission rapportée par usager.

Via la réalisation des bilans de GES par le logiciel Urban Print, il est possible de comparer les dispositions prévues par rapport à un scénario réglementaire et un scénario optimisé lorsque l’on pousse l’ensemble des curseurs vers des performances très ambitieuses.

L’objectif de cette méthode n’est pas forcément d’atteindre une performance précise visée mais d’être en mesure de jauger l’impact de chaque décision sur le bilan carbone global.

Des référentiels territoriaux mettant en application ces démarches

Différents référentiels régionaux, c’est-à-dire adaptés au contexte environnemental, social, économique d’un territoire, existent et mettent en avant les démarches bas carbone à l’échelle quartier. C’est le cas par exemple du référentiel Energie Bas Carbone de Rennes Métropole, qui accentue la performance de ses aménagements sur le volet énergétique mais également sur le volet carbone, à travers la réalisation d’un bilan de gaz à effet de serre selon la méthode Quartier Energie Carbone. Mais ce bilan ne servira pas seulement à quantifier les émissions mais à généraliser la comparaison de scénarios différents pour prendre les meilleures décisions ensuite en connaissance de cause.

Des exigences sont attendues ainsi que la justification des choix opérés sur le projet.

Label BBCA Quartier

La première version du label BBCA quartier est parue en novembre 2022 faisant à la suite du label déjà disponible pour les bâtiments en construction neuve ou en rénovation. Issu de réflexions environnementales prenant racines dans la nécessité de faire diminuer l’empreinte carbone moyenne d’un français à 2 tCO2eq/an en 2050, alors qu’aujourd’hui nous nous situons autour de 9 tCO2eq/an en moyenne, ce label vient quantifier la majorité des postes émetteurs de CO2 d’un habitant : mobilité, habitation, eau, déchets, énergie…En effet c’est principalement à l’échelle du quartier que l’on va pouvoir influencer les comportements et par conséquent les émissions de GES d’un usager.  L’offre de logements et commerces (en prenant en compte la performance des bâtiments matériaux et énergie), l’offre de mobilité (système vélo, transport en commun, aire de covoiturage, distances quant aux bassins de vie), l’offre de services locaux (alimentation, ateliers de réparation, recyclerie), l’offre de gestion des biodéchets et déchets, l’éclairage public, tous ces éléments issus de la « conception » d’un quartier auront des conséquences non négligeables en phase d’exploitation, c’est-à-dire quand le quartier vivra de lui-même.

Le label BBCA résume ces différents postes dans 4 indicateurs : viabilisation, énergie, construction et aménagement.

BC2

Figure 2 : Objectifs stratégiques de la démarche Energie Bas Carbone

Nous pouvons notamment citer le volet mobilité dans lequel est intégré pleinement la question du bas carbone et va demander d’anticiper l’évolutivité des espaces publics et les besoins de stationnement dans le but de les optimiser et réduire. Il ne s’agit pas simplement de distribuer au regard du PLU des places en fonction des logements construits.

Sans s’inscrire dans ces démarches, quelles sont les questions fondamentales à se poser ?

En dehors des démarches dans lesquelles les projets peuvent s’inscrire, nous déclinons 6 piliers fondamentaux à intégrer dans toute nouvelle réflexion d’aménagement urbain qui sont :

  • Repenser les usages des quartiers : quelle programmation intégrer en termes de logements, services, commerces, lieux culturels.
  • Renouveler le bâti et l’urbanité existante: s’inscrire dans une logique de ZAN, recentrer l’urbanité autour des besoins de mobilité et des structures déjà existantes. Privilégier et concrétiser les opérations de rénovation en lien avec la stratégie nationale de décupler le nombre de rénovations annuelles réalisées ;
  • Être mieux mobiles au quotidien: repenser concrètement les accès du quartier en question aux lieux de vie et de déplacement des usagers. Concevoir un système vélo global et connecté aux bassins de vie à proximité ;
  • Accélérer la sobriété énergétique : réduire les besoins énergétiques à la source en allant plus loin dans la performance des bâtiments, mutualiser les structures de production énergétique, aller vers du 100% renouvelable ;
  • Revenir à des matériaux bas carbone : anticiper les réglementations environnementales telle que la RE2020, mettre en œuvre davantage de matériaux biosourcés et géosourcés adaptés aux bâtiments.
  • Développer les puits de carbone : limiter l’imperméabilisation des terres, remettre la végétalisation des espaces au cœur des quartiers.

Ainsi, des référentiels permettent aux opérateurs urbains d’être guidés et accompagnés dans l’intégration d’une réflexion globale bas carbone d’un quartier, mais cette réflexion ne saurait être résumée à un seul bilan de gaz à effet de serre. Il est nécessaire de se recentrer autour de questions fondamentales que sont le « où » et le « pourquoi » avant de chercher à répondre au «comment» .

Pour aller plus loin :

Label BBCA : https://www.batimentbascarbone.org/bbca-quartier/

Démarche Quartier Energie Carbone : https://librairie.ademe.fr/cadic/7351/methode-quartier-energie-carbone-2022.pdf

La France est le pays qui compte l’artificialisation rapportée à sa population la plus élevée d’Europe. Chaque année, entre 20 000 et 30 000 hectares sont artificialisés. Cette artificialisation augmente presque 4 fois plus vite que la population, et entraîne des répercussions directes sur la qualité de vie mais aussi sur l’environnement.

A l’heure du Zéro Artificialisation Nette (ZAN), ambition nationale qui vise à réduire l’artificialisation des sols, de nouvelles mesures sont instaurées. L’objectif ZAN vise la préservation des zones ENAF (espaces naturels, agricoles ou forestiers) et la qualité des aménagements urbains. A l’échelle d’un projet soumis à étude d’impact, l’objectif ZAN introduit la réalisation d’une étude d’optimisation de la densité.

Dans ce contexte, l’étude d’optimisation de la densité s’attache à évaluer deux critères principaux : l’artificialisation et la densité bâtie, en intégrant les notions de qualité architecturale, urbaine, paysagère et le développement de la biodiversité.

Une nouvelle étude qui accompagne l’évolution du contexte règlementaire

Depuis 2021, la loi Climat instaure la réalisation d’une étude sur l’optimisation de la densité des constructions pour les opérations soumises à évaluation environnementale. Les conclusions de cette analyse sont à intégrer à l’étude d’impact relative au projet et l’étude doit être annexée au dossier.

L’article L300-1-1 du Code de l’urbanisme indique que « Toute action ou opération d'aménagement soumise à évaluation environnementale en application de l'article L. 122-1 du code de l'environnement doit faire l'objet :

D'une étude d'optimisation de la densité des constructions dans la zone concernée, en tenant compte de la qualité urbaine ainsi que de la préservation et de la restauration de la biodiversité et de la nature en ville. »

Des documents de planifications cadres comme outils stratégiques de développement territorial

L’étude d’optimisation de la densité tient compte des exigences et objectifs déclinés dans les documents de planification cadres, à différentes échelles.

  • Objectif ZAN
  • SDRIFF / SRADDET
  • SCoT
  • PLU(i)/PLH(i)

Ces documents de planification doivent être tous compatibles entre eux. Ceux qui s’appliquent à l’échelle nationale (loi ZAN) ou régionale (SDRIF en Ile-de-France) induisent des objectifs spatialisés d’artificialisation et de densité, qui se déclinent dans les documents d’urbanisme locaux, tels les PLU(i)/PLH(i).

En Ile-de-France, le SDRIF structure et contraint le territoire dans son développement urbain et économique.

d1

Figure 1 - Documents de planifications et échelles associées. Source : Vizea

Zoom sur le SDRIF – Schéma directeur de la région Île-de-France

            Le SDRIF définit les règles de planification spatialisées à l’échelle de la région francilienne pour permettre la :

    • Densification des tissus urbanisés existants.
    • Limitation de l’étalement urbain au détriment des espaces agricoles, boisés et naturels.
    • Polarisation du développement urbain pour répondre qualitativement aux besoins des franciliens en matière d’habitats, d’emplois, d’équipements, composant le modèle d’aménagement et de développement durables pour l’Île-de-France.

d2

Figure 2 - Carte des grandes entités géographiques du SDRIF. Source : SDRIF

Le schéma prévoit notamment un accroissement minimal de 10 % de la densité humaine et des espaces d’habitat entre 2013 et 2030 dans les espaces urbanisés « au sens strict » (espace à dominante bâti n’accueillant pas de fonctions supra-communal) et de 15% dans les quartiers à densifier à proximité d’une gare.

Les communes présentant une densité moyenne de plus de 220 logements par hectare dans leurs espaces d’habitat à la date d’approbation du SDRIF doivent participer à l’effort de densification mais ne sont pas soumises au seuil de 10%.

Il est à noter que le SDRIF-Environnemental a été arrêté le 12 juillet 2023 par le Conseil régional. Il induit de nouveaux objectifs pour l’horizon 2040. Les documents d’urbanisme (inter)communaux devront donc évoluer en conséquence pour intégrer les nouveaux seuils de densité. L’adoption définitive est prévue pour l’été 2024.

Zoom sur l'objectif ZAN 

Le ZAN pour Zéro Artificialisation Nette, est un objectif national d’absence de toute artificialisation nette des sols en 2050.

L’artificialisation des sols, processus qui consiste à transformer les sols perméables (naturel, agricole ou forestier) par des sols partiellement ou totalement imperméables via la réalisation d’opérations d’aménagement est une conséquence directe de l’extension urbaine et de la construction de nouveaux habitats en périphérie des villes.

d3

Figure 3 - Objectif ZAN. Source : Vizea

C’est aujourd’hui l’une des causes premières de l’érosion de la biodiversité. En Ile-de-France, malgré un ralentissement sur la période récente (2012-2017), la consommation d’espaces s’élève à 590 ha/an en moyenne, principalement sur des terres agricoles. Le gouvernement souhaite préserver ces espaces naturels, en instaurant l’objectif de “zéro artificialisation nette” prévu par le Plan Biodiversité, et travailler avec les collectivités pour repenser l'aménagement urbain et réduire efficacement l’artificialisation des sols.

Le ZAN est donc un objectif national, formalisé comme étant la recherche d’un état d'équilibre entre les surfaces artificialisées et les surfaces de compensation. Il permet de donner un aperçu de la dynamique d'artificialisation d’un territoire. Ainsi, il se révèle être un bon outil pour équilibrer l'artificialisation des sols à une échelle territoriale.

L’objectif s’étale en deux temps :

  • La première échéance à 2030 : diviser par deux le rythme d'artificialisation à l’échelle nationale,
  • La deuxième à 2050 : une artificialisation nulle.

Pour la région Île-de-France, le ratio de réduction de l’artificialisation d’ici à 2030 n’est pas encore connu et sera fixé par le futur SDRIF-E.

De nouvelles évolutions règlementaires à anticiper

L’analyse de ces deux facteurs (Densité, Artificialisation) se fait au regard des exigences définies dans les documents mais également de la qualité urbaine du projet et de l’impact sur la biodiversité. Toutefois, il est probable que ces études évoluent à nouveau, pour tenir compte des critères du futur SDRIF-E.

En outre, le Ministère de la transition écologique, entend alléger les contraintes du dispositif ZAN, en se référant à de nouvelles propositions du Sénat. Il souhaite répondre se faisant aux craintes des communes rurales qui expriment leur peur de perdre en attractivité et en capacité de développement de nouvelles infrastructures.

Le ministre appelle à un compromis prévoyant un volet financier et fiscal pour faire « payer » l’artificialisation et un allongement de la date avant que les documents de planification n’intègrent les nouvelles mesures. Toutefois, l’objectif de Zéro Artificialisation Nette prévue pour 2050 est, quant à lui, maintenu, tout comme la division par deux de l’artificialisation en 2030.

Plus d'articles...

Vizea île de France

Siege Social

59 avenue Augustin Dumont

92240 MALAKOFF

01 84 19 69 00

contact@vizea.fr

Vizea Sud-Est

HEVEA

2 Rue Professeur Zimmermann,

69007 LYON

04 28 29 37 50

contact@vizea.fr

Vizea Grand-Ouest

14 rue Cécile Brunschvicg,

44000 Nantes

02 85 52 51 70

nantes@vizea.fr

Vizea Sud-Ouest

24 rue Rolland,

33000 Bordeaux

05 35 54 53 10

contact.vso@vizea.fr

Image

© Vizea - Tous droits réservés. Mentions légales - Plan du site